Chronique cinéma – Chocolat

de Roschdy Zem
avec Omar Sy, James Thiérrée, Clothilde Hesme
Biopic
Français. 1h50.

Un bon film populaire sur la vie de Chocolat ce premier artiste noir connu du cirque. Avec une reconstitution soignée, Roschdy Zem en fait une réflexion sur le racisme. Il est servi par deux merveilleux comédiens : Omar Sy et le petit-fils de Chaplin, James Thiérrée.

Au début du siècle, le cirque est une distraction qui se déplace de village en village avec de maigres numéros et une vie assez misérable.
Footit, clown qui a eu son heure de gloire, n’arrive plus à  faire rire. Au gré de ses engagements, dans un petit cirque de province, il croise le chemin de Chocolat, colosse noir que l’on exhibe quasi nu le cou entouré de « dents humaines ». Il joue le rôle du cannibale qui fait peur aux enfants. Footit repère très vite les qualités comiques de Chocolat et le décide à  monter avec lui un duo innovant. Lui Footit jouant le clown blanc autoritaire, et Chocolat l’Auguste son souffre-douleur. Le numéro marche à  merveille au point d’attirer l’attention du directeur du Nouveau Cirque à  Paris.
La carrière parisienne des deux artistes est lancée.
Les foules sont de plus en plus grosses à  venir applaudir leurs facéties, leurs simulacres de brouilles, la façon dont Chocolat se fait « rosser » par ce Footit agile et joueur. L’argent rentre à  flot. Chocolat joue aux cartes, accumule les dettes, commence à  boire, aime la compagnie des femmes. Au bout de quelques années, il veut s’émanciper de Footit, souhaite se lancer sur les planches et jouer Othello. Jamais un acteur noir n’a tenu ce rôle à  Paris. Ce sera un bide, les spectateurs voyant toujours Chocolat sous les traits de Raphaël Padila, le vrai nom de l’artiste.
Sans le sous, malade, il finira sa vie comme garçon de piste dans un cirque où il mourra à  peine 50 ans entouré par l’amour de Marie, une veuve qui le soutiendra jusqu’au bout.

C’est l’historien Gérard Noiriel qui a sorti de l’oubli la vie de Chocolat en la racontant dans un livre qui a servi de base au long métrage. Le film reconstitue minutieusement la réalité du monde du cirque et du Paris d’avant la guerre de 14. Les images font parfois chromo, mais on sent vibrer ces foules enthousiastes au rire facile et communicatif. On découvre la précarité du monde du spectacle.

Pourtant le vrai sujet du film est la manière dont l’étranger, le noir en l’occurrence, lui le sans papier et le sans nom, est vu au début du XXème siècle. Arrivé à  Paris, Chocolat se rend à  l’Exposition coloniale. Ses congénères y sont parqués derrière des barrières où l’on peut lire : « Interdit de donner à  manger aux indigènes, comme s’ils étaient des bêtes !
Raphaël Padila veut s’émanciper de sa vie de « nègre », vivre comme les riches blancs mais il n’y arrivera pas car son personnage Chocolat, qui fait son succès, porte en lui-même tous les clichés attribués à  l’homme noir. Et ce sera un vrai dilemme pour lui et un malentendu dont il ne sortira pas.
Chocolat est un vrai film populaire avec de l’émotion, pas assez parfois, du rire, du drame, de la réflexion. Il fait autant réfléchir sur nos attitudes racistes que bien des discours et les enfants devraient en être les premiers spectateurs.
Omar Sy est magnifique car il déploie une palette de sentiments et d’expressions qu’on ne lui connaissait pas, bien loin des minutes rigolotes de Canal+. Il s’impose vraiment comme un futur grand du cinéma français. Et puis il y a James Thierrée, acrobate, danseur, clown et petit-fils de Charlie Chaplin. Et l’on est étonné de déceler une ressemblance entre lui et son grand-père : il a la même façon de bouger, de pirouetter que Charlot, même regard triste parfois. Ce grand-père qui a tant joué des rôles de vagabond rejeté. C’est tout à  fait troublant et ajoute au plaisir que l’on a à  voir ce film réussi et bienveillant de Roschdy Zem.
Marie-Noëlle Gougeon

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