Augustin passe aux aveux

Le 18 mai dernier, au sanctuaire Saint-Bonaventure, nous avons pu assister à une mise en espace réalisée par le comédien Dominique Touzé à partir des Confessions de Saint-Augustin. Il s’agit d’ Augustin passe aux aveux. L’extraordinaire traduction de l’écrivain Frédéric Boyer, qui date de 2008, a permis aux spectateurs d’entrer dans un texte magnifique qui fait apparaître un Augustin qui doute, et dont l’arrachement à ce qu’il a été jusque là est difficile et douloureux.

Lire la suite…

Critique théâtre – UN TARTUFFE A L’AIR DU TEMPS AU THEATRE DE LA RENAISSANCE

UN TARTUFFE A L’AIR DU TEMPS AU THEATRE DE LA RENAISSANCE

Ou encore : « Tartuffe nouvelle ère » ,comme le présente le metteur en scène :Eric Massé, qui dans la note d’intention souligne l’importance du travail d’enquête préalable auprès de diverses communautés de « croyants » et dans la continuité de son intérêt pour les différentes appartenances civiles et religieuses Tartuffe en offre la caricature de tous les excès(on dirait volontiers de toutes les radicalisations) avec un leader charismatique, une manipulation par la parole, une désorganisation de la famille, avec un pouvoir culpabilisant et au pire terroriste qui se traduit par la violence dans le domaine financier (détournement des biens ),sexuel harcèlement),social (mariage forcé)etcEn réalité ,ce que dénonce Molière ,ce n’est pas la dévotion ,mais la fausse dévotion, l’hypocrisie, l’imposture, fidèle en cela à  son souci de poursuivre tous les « faussaires » dans la société (faux savants, faux médecins ,faux gentilshommes) .Il ne faut pas s’y tromper : la religion n’est pas la véritable cible ,mais bien le fanatisme et l’hypocrisie.
La pièce de Tartuffe est celle qui a été le plus souvent représentée à  la Comédie Française et ces dernières années elle a tenté les plus grands metteurs en scène, parce qu’elle laisse place à  toutes les transpositions (la religion comme simple prétexte) et à  toutes les interprétations du rôle principal de Tartuffe :vrai mystique tourmenté comme le proposait Louis Jouvet, faux dévot à  l’extrême tel qu’il pouvait paraitre sincère comme Fernand Ledoux ,véritable escroc ,agissant par la séduction , comme dans les mises en scène de Luc Bondy .Mais quel est donc le personnage principal, n’est-ce pas aussi Orgon, homme fragile par sa recherche d’un sens à  sa vie, rôle que jouait Molière ? N’est-ce pas aussi une pièce sur la famille, famille en crise, ? sur la politique, ? sur les liens de séduction entre Orgon et Tartuffe, comme le suggérait Roger Planchon ? Tartuffe a aussi en 1995 été présentée à  Avignon par Ariane Mnouchkine comme illustration directe des dangers du fanatisme en matière d’Islam, comme Molière plus de trois siècles plus tôt de la religion catholique.
On attendait ainsi avec impatience le spectacle de la Compagnie des Lumas, animée par Eric Massé et Angélique Clarand dont les créations dans la région entre Saint-Etienne, Lyon et Valence ont déjà  été remarquées. Le résultat est à  la mesure des espérances : un Tartuffe tout en équilibre justement entre les différentes interprétations possibles, sans parti pris en dehors de la dénonciation du fanatisme et de la violence, et en ne sacrifiant à  la démonstration aucun des grands moments de théâtre ,par exemple le dépit amoureux entre Valère et Marianne, le faux marivaudage entre Tartuffe et Elmire, et l’excellente prestation de Dorine tout au long de la pièce ,personnage moliéresque s’il en est, face à  un Orgon très autoritaire. Un Tartuffe tout en nuances, tout en retenue et en intelligence du texte dans ses différentes attitudes au cours de la pièce, y compris suprême bonheur en Monsieur Loyal. Toute cette réussite tient probablement à  une excellente direction d’acteurs par Eric Massé, tandis que l’on perçoit mal tout le travail initial de préparation avec les enquêtes, et les intentions initiales affichées (mais peut-être est-ce là  un signe de réussite) Au total un Tartuffe très classique au meilleur sens du terme et parfaitement contemporain, mais n’est-ce pas justement la définition des classiques de passer les siècles avec le même bonheur pour le public ? Trois cent cinquante ans plus tard cette longue pièce en vers n’a pas pris une rideavec un décor réduit à  l’essentiel (une table, une couverture et des chaises bien sûr) comme sur les tréteaux du Palais Royal (ou par Vitez), avec un clin d’œil peut-être vers Planchon pour le tableau creusé d’une porte qui surplombe la scène avec des espaces latéraux plus originaux à  découvrir et comme un hommage à  Saint-Etienne et à  son Ecole de théâtre, en hauteur, une évocation de la « salle des pendus » (casques et vêtements des mineurs suspendus à  l’entrée de la mine)
Tartuffe nouvel ère ou un Tartuffe à  l’air du temps ? En tout cas un Tartuffe d’actualité, qu’il faut voir absolument et qui devrait selon le vœu de la troupe qui le présente entrainer commentaires et débat car si c’est bien une comédie ,elle suscite tragiquement la réflexion

Hugues ROUSSET