
Dans ce documentaire, le réalisateur suit 5 jeunes migrants mineurs à Marseille. Ils cherchent à s’intégrer au plus vite et à vivre librement leur avenir. Malgré les nombreuses difficultés, ils vont avancer dans leur intégration et dans leur projet de vie. Histoire de prouver à leur mère que, vraiment, tout va bien.
A partir de 2019, le documentariste Thomas Ellis a suivi un groupe de migrants mineurs à travers un atelier de théâtre et d’expression. Pour ce film, il choisi 5 d’entre eux et les suit pendant plusieurs années. Ils ont tous volontaires et acceptent la présence de la caméra, avec un naturel confondant. Tous ont en commun une réticence à parler de leurs voyages pour arriver jusque là, cette question qu’on leur pose trop souvent. Ils ont aussi peur des démarches administratives et des interrogatoires, mais une volonté sans faille pour parvenir à se faire une place dans leur nouvelle société. Tous les cinq y parviendront, comme le titre l’indique.
Il y a Aminata, une jeune adolescente vive et volubile, sachant parfaitement se faire respecter en tant que femme et refusant farouchement un avenir qu’elle n’a pas choisi, notamment un mariage arrangé par son entourage familial. Abdoulaye et Tidiane sont frères et pendant que le premier va au lycée, le second, grand jeune homme au regard très mature, doit prouver qu’il est encore mineur. En France, on ne peut refuser des enfants mineurs. Khalil parle à peine Français, ce qui l’handicape encore plus dans les démarches et rend encore plus difficile une scolarité ou un apprentissage. Junior veut être recruté par les grand clubs de foot européen et s’entraîne beaucoup. Ils sont tous en lien par téléphone avec leur mère, qu’ils rassurent toujours par l’envoi du même message : Tout va bien…
Avec des portraits pris sur le vif, en pleine conversation avec une amie ou un travailleur social, on se familiarise peu à peu avec ces adolescent dont la foi en l’avenir impressionne. La mise en scène alterne ces conversations avec de brèves et pudiques séquences de fiction onirique où le son et l’image évoquent leurs drames passés, comme un rappel des cauchemar qui les hanteront longtemps. La caméra sait les respecter tout à fait et ne laisse jamais l’émotion aller jusqu’au larmes, alors qu’ils sont si fragiles.
Le film est tourné à Marseille. Ville portuaire qui, depuis sa fondation à l’aube du christianisme, a toujours été une porte d’entrée pour les migrations venues de toute la Méditerranée, puis du monde entier. C’est aussi une ville qui, depuis toujours, connaît les dangers de la navigation et rend hommage chaque année aux disparus en mer. Ainsi, en septembre 2023, lors de la venue du pape François à Marseille, on a la surprise de découvrir Junior lisant un passage de l’Evangile (Actes des apôtres, chapitre 27) lors de la cérémonie à Notre-Dame de la Garde. Magnifique et émouvant instant de cinéma. Le réalisateur avait, quelques temps plus tôt, assisté au baptême de Junior dans un cadre plus intime.
Un autre passage émouvant est celui où on voit enfin sourire Khalil. N’étant pas francophone, il a beaucoup galéré pour trouver de quoi subsister. D’autres migrants plus intégrés et plus débrouillards lui déconseillent d’aller vers »le réseau », trop dangereux. Il fait un temps livreur en vélo puis enfin est accepté en apprentissage. Son sourire est si lumineux dans l’atelier où il mesure un tube de cuivre et où il peut enfin être celui qui aide l’autre. Quant à Aminata, elle célèbre ses 18 ans en quittant le foyer pour un appartement à elle, et une longue conversation au téléphone avec sa mère : »c’est moi qui choisit ma vie ».
En quittant ces 5 adolescents à l’aube de leur vie adulte et de leur intégration dans une nouvelle société, on sait que tout ne sera pas facile pour eux. Mais leur témoignage nous redonne une espérance pour notre futur commun, et la capacité des sociétés occidentales à accueillir cette jeunesse qui a traversé la mer, prête à affronter tous les dangers pour construire leur propre avenir. Par rapport à de nombreux autres films autour du thème des migrants, celui de Thomas Ellis, loin de nous anéantir émotionnellement, ou de nous culpabiliser, propose, avec de nombreuses associations existantes, des solutions pour les soutenir dans leur désir d’autonomie et les rêves secrets qui leur ont donné la force de changer de monde.
Magali Van Reeth











