Le Chat du rabbin

de Joann Sfar et Antoine Delesvaux

France/Autriche, 2009, 1h40

Sortie en France le 1 juin 2011.

film d’animation.

Chronique chaleureuse de la vie quotidienne à  Alger dans les années 1920, ce film d’animation sait aussi trouver le ton juste et joyeux pour parler de théologie et d’aventures exotiques.

Publié chez Dargaud à  partir de 2002, la bande dessinée de Joann Sfar a connu aussitôt un grand succès. Questionnement théologique sur le judaïsme, mais aussi sur le fait religieux et sur le vivre ensemble au-delà  des différences culturelles, Le Chat du rabbin et son auteur sont vite entrés dans les écoles et collèges. Joann Sfar dit que c’est cette confrontation avec le jeune public qui l’a poussé à  faire un film d’animation.chat2.jpg

Condensé de plusieurs épisodes, le film a pour personnage principal le rabbin Abraham Sfar. Il vit à  Alger dans les années 1920, avec sa fille Zlabya et leur chat, qui n’a pas de nom et que tout le quartier appelle « le chat du rabbin ». C’est le chat, trouvant soudain l’usage de la parole et voulant se convertir au judaïsme, qui pose les épineuses questions théologiques à  un brave rabbin dépassé par les événements. Autour d’eux, un imam musulman, des catholiques colonisateurs, des russes exaltés, des fanatiques de tous bords.

Baigné dans les couleurs lumineuses de la Méditerranée et par la tolérance généreuse des personnages, le spectateur est emporté dans un grand élan humaniste dont il ne peut ressortir que meilleur. Mais Le Chat du rabbin ne tombe pourtant pas dans un monde factice où ne règnent que la gentillesse et le bon sens. Avec humour, le racisme, l’antisémitisme, la bêtise et l’extrémisme sont mis en scène, à  leur juste place. On apprécie le naturel avec lequel les personnages y font face, sans violence outrancière et avec intelligence.chat3.jpg

Bien qu’il s’agisse d’un film d’animation, c’est avec gourmandise que Joann Sfar parle des comédiens. Les réalisateurs se sont appliqués à  faire bouger les personnages comme des acteurs et ainsi Zlabya a les rondeurs féminines d’Hafsia Herzi, le rabbin la démarche et la bonhommie de Maurice Bénichou. Un soin particulier a été apporté aux voix, avec François Morel pour le chat, Fellag pour le cheik Sfar et Marguerite Abouet (auteur de la bande dessinée Aya de Yopougon aux éditions Gallimard) est l’Africaine rencontrée en chemin. Au passage, on peut souligner que c’est une actrice d’origine musulmane qui donne sa voix et sa silhouette à  une fille de rabbin, un acteur européen, Mathieu Amalric la sienne à  un prince arabe. Exercice naturel pour de véritables comédiens et une pierre de plus à  l’élaboration du message universel auquel s’attachent les réalisateurs Joann Sfar et Antoine Delevaux.

Le Chat du rabbin est un film pour tout public, à  partir de 8 ans.chat4.jpg

Magali Van Reeth

Signis

Cannes, prix oecuménique 2011

FESTIVAL DE CANNES 2011

Le Jury oecuménique 2011 attribue son prix au film :

THIS MUST BE THE PLACE

de Paolo Sorrentino
France, Italie, Irlande, 2011

A travers Cheyenne, rockstar déchue et douloureuse, Paolo SORRENTINO donne à  suivre
le voyage intérieur et l’odyssée d’un homme à  la recherche de ses racines juives, de la
maturité, de la réconciliation et de l’espérance. Drame classique d’une grande richesse et
d’une esthétique recherchée, le film ouvre avec grâce des pistes de réflexion graves et
profondes.

Et deux mentions spéciales aux films :

Le Havre de Aki Kaurismà¤ki
Finlande, France, 2011

Une ode à  l’espérance, à  la solidarité, à  la fraternité : par une réalisation très élaborée, Aki KAURISMà„KI nous fait entrer dans un monde qu’il transfigure par la magie des couleurs, l’humour des dialogues, l’humanité des personnages – « le sermon sur la montagne » en filigrane.

Et maintenant on va où ? de Nadine Labaki
France, 2011

Les habitantes d’un petit village isolé sont prêtes à  tout pour préserver la paix entre les deux communautés qui y cohabitent. Avec beaucoup de finesse et de tact, Nadine
LABAKI réussit une fable poétique en équilibre délicat entre comédie et tragédie,
suscitant une émotion tournée vers l’espoir.

Le Jury 2011 était composé de :

Daniel GRIVEL, Président, Suisse Christiane HOFMANN, France
Mikaël MOGREN, Suède Martà­n E. BERNAL ALONSO, Argentine, Françoise LODS, France et Gianluca ARNONE, Italie

Voir le site du Jury oecuménique avec toutes les photos de la remise des prix

Le Gamin au vélo

de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Belgique/France/Italie, 2010, 1h27

Sélection officielle, Festival de Cannes 2011

Sortie en France le 18 mai 2011.

avec Cécile de France, Thomas Doret, Jérémie Regnier.

Pour un enfant, un vélo c’est le début de l’autonomie, du parcours qu’on fait seul, en décidant du rythme et de la vitesse. Dans ce film, ce n’est plus un jeu, mais une course effrénée pour trouver un peu d’affection, pour combler une absence.

Les frères Dardenne sont des habitués de longue date du Festival de Cannes, leurs films étant toujours en compétition, bien qu’ils soient à  l’opposé des clichés cannois. Leur cinéma parle des gens simples, de ceux qu’on voit à  peine dans la vraie vie, les marginaux, les délaissés du système capitaliste, les petits, qui vivent à  l’ombre de la gloire et de l’argent. Grâce à  la caméra des Dardenne, ces vies simples et ordinaires deviennent sources de fiction. La dramaturgie du cinéma est au seul service de ces humbles personnages dont la vie est filmée comme une aventure unique. Les Dardenne ont reçu deux fois la Palme d’or, pour Rosetta en 1999 et pour L’Enfant en 2005 : preuve que l’œuvre artistique et l’élan humaniste ont bien droit de cité à  Cannes. velo3.jpg

Les réalisateurs tournent toujours là  où ils vivent, dans une Belgique laminée par le chômage et ignorée des touristes, et généralement avec des acteurs inconnus du grand public. Envers qui ils restent fidèles. Olivier Gourmet et Jérémie Regnier (qui avait 15 ans dans La Promesse) ont grandi avec eux. Cette fois, ils ont fait appel à  une vraie vedette, leur compatriote Cécile de France. Comme elle le dit elle-même : « Côté coiffure, maquillage et costume, c’était version minimum, ce qui m’allait très bien ! »

velo2.jpgLe Gamin au vélo est l’histoire d’un enfant abandonné par son père. Placé dans un foyer, Cyril se rebelle contre cette vie et met toute son énergie pour combler cette absence. Comme un insecte affolé par la lumière se cogne aux parois de verre de la lampe, il se heurte aux lois du monde, se trompe de cible et, croyant faire mal aux autres, ne blesse que lui-même.

Le vélo, comme autrefois la mobylette de La Promesse, comme la poussette de L’Enfant, est à  la fois le véhicule et le symbole du déplacement à  l’image et dans la vie. Le vélo de Cyril le rattache à  son père et lui permet de trouver Samantha, qui veut bien l’aider. Avec ce vélo, il va et vient, traversant l’écran en tous sens, affolé par l’enchainement des événements dont il est à  la fois le protagoniste et la victime.

Le jeune Thomas Doret est confondant de naturel dans le rôle de Cyril, en guerre contre son absence de père, pour une affection qu’il ne sait plus voir à  force d’en avoir été privé. Et Cécile de France est toujours juste dans son rapport avec cet enfant qui lui est tombé dessus. Le film n’explique pas tout, ni pourquoi elle le recueille avec tant de conviction, ni comment Cyril est arrivé au centre. Le Gamin au vélo prend les acteurs et les spectateurs là  où ils sont, dans le présent, dans une histoire immédiate qui se déroule entièrement sous nos yeux, laissant à  chacun le soi de combler les vides en fonction de son histoire.velo4.jpg

Un cinéma délicat, fluide, d’une simplicité touchante où l’émotion affleure sans outrance.

Magali Van Reeth

Signis