CINE : L’Italien

d’Olivier Baroux

France, 1h42, 2009.
Sortie en France le 14 juillet 2010.

avec Kad Merad, Valérie Benguigui, Guillaume Gallienne, Sid Ahmed Agoumi.

Le titre, l’affiche, l’acteur principal, il faut bien avouer qu’on s’attendait au pire avec cette nouvelle comédie française. Bonne surprise, le réalisateur Olivier Baroux ne cherche pas uniquement à  nous faire rire mais aborde de front les problèmes d’immigration, sans jamais être vulgaire ou tomber dans les clichés

.

Le personnage principal est un fils d’immigré algérien qui a toujours vécu en France. Pour être sûr de trouver un logement, un travail, il cache sa véritable identité sous celle de Dino, d’origine italienne. Plus flambeur et séducteur que tous les Romains de souche, il se satisfait de cette situation, que sa famille ignore, jusqu’au jour où son père, très malade, lui demande de faire le ramadan à  sa place

Olivier Baroux a soigné le scénario de L’Italien pour éviter les clichés habituels lorsqu’on parle d’immigration en France. Ici, pas de banlieue ghetto, pas de délinquance, pas de violence. Si la famille de Mourad habite Marseille, on ne voit pas les quartiers Nord mais un pavillon de banlieue ordinaire, avec une terrasse et un jardin ensoleillé pour les repas de famille, des parents plutôt bien intégrés, qui parlent français. Le père n’est pas maçon mais ancien danseur de claquettes et sa sœur est prof à  l’Education nationale. Ce qui permet de dénoncer une des failles du système d’intégration dans notre société : s’il est facile, pour ceux qui ont un nom à  consonance étrangère d’entrer dans l’administration française et de gravir les échelons du service public, c’est beaucoup plus difficile d’entrer dans le secteur privéitalien3.jpg

L’autre aspect de L’Italien qui est remarquable, c’est le ton choisi pour parler de la religion. Le principal ressort de l’histoire étant ce ramadan entrepris par le fils au nom du père, Mourad nous fait un cours d’islam « pour les nuls » ou « la religion pour ceux qui n’y croient pas ». Il redécouvre le sens de certains gestes ou paroles, à  travers ses discussions avec un iman chaleureux et en parfaite adéquation avec le monde moderne. Un des personnages secondaires explique que « les religions, c’est pas que des problèmes, y a même un truc super qui s’appelle le pardon ».

On reste pourtant toujours dans la comédie, sans fausse note ni racisme, le personnage principal gardant l’entièrement maîtrise de son destin, sans jouer les victimes. Le ton de gai et léger dans la première partie, devient parfois émouvant lorsque Dino/Mourad doit passer aux aveux.italien2.jpg

« Je suis juste un homme » finit-il par avouer à  la belle Hélène, montrant aussi que les problèmes d’immigration ne sont pas la seule cause de tous ces mensonges : on a tous, un jour ou l’autre, essayé d’embellir notre vie par une exagération, une omission, un vrai tout petit mensonge qui nous a permis de nous faire bien voir. Kad Merad est parfait, odieux de suffisance dans la première partie, touchant dans son empêtrement, émouvant dans ses « conversions ». Un beau film sur l’intégration et une comédie très réussie !

Magali Van Reeth

Signis

Pour marque-pages : Permaliens.

Les commentaires sont fermés