Chronique cinéma – Carol

de Todd Haynes
avec Cate Blanchett, Rooney Mara
Drame américain ( 2015) 1h58.

Un film brillant, élégant et émouvant qui à  travers l’histoire d’amour entre deux femmes nous parle de la puissance du sentiment amoureux. Il est servi par une Cate Blanchett au sommet de son art.

New-York, Noël 1952. Dans les fumées et le bruit des voitures, une femme distinguée, enveloppée dans un manteau de fourrure, pénètre dans un grand magasin à  la recherche d’un cadeau pour sa petite fille. Au rayon jouets, une jeune vendeuse gracile et timide est attirée par la silhouette de cette cliente. Quelques phrases échangées, un regard appuyé et qui s’attarde, le trouble est là pour toujours. Et pourtant, rien ne les prédisposait à  cette rencontre amoureuse.
Carol est mariée, mère de famille, en plein divorce, et appartient à  l’upper-class new-yorkaise. Thérèse, la petite vendeuse, est une jeune femme qui se cherche. Passionnée de photo, elle hésite à  en faire son métier. Elle a bien un petit ami mais ne semble pas trop attachée. Pour l’instant, elle gagne sa vie dans ce grand magasin.
Carol n’est pas un film militant ou provocateur. Il raconte la passion qui unit ces deux femmes, les difficultés qu’elles vont traverser pour vivre au grand jour leur relation dans cette Amérique des années 50 en plein Maccarthysme. Carol est adapté d’un livre de Patricia Highsmith qui l’avait d’ailleurs écrit sous un faux nom..

Todd Haynes réussit un film superbe avec un scénario qui accompagne l’évolution du couple, les élans amoureux mais aussi les interrogations, les doutes et surtout la confrontation avec les proches, la famille de Carol. Il a tourné en 16 mm, donnant du grain à  l’image, ce qui donne un petit côté suranné à  l’histoire.
Le poids moral de l’Amérique conventionnelle des années 50 est comme un corset pour ces deux jeunes femmes. Le chemin sera long jusqu’au dénouement heureux et malheureux à  la fois.

La mise en scène est brillante, fluide, inspirée, comme ce long plan séquence du début du film qui court au travers d’une rue de New-York. On part en cabriolet à  la découverte des petites maisons en bois ou celles plus cossues de la bourgeoisie des petites villes de l’Est des USA. La reconstitution des décors et des costumes donnent un écrin aux déchirements du cœur et aux émois des corps. Le vert amande, le rose ou le rouge sont les couleurs dominantes des costumes élégants de Carol. Rooney Mara qui interprète le rôle de la jeune vendeuse ressuscite la grâce d’Audrey Hepburn. Elle se laisse emporter par cet amour jusqu’à  assumer son désir de femme devenue enfin adulte.
Car Carol est aussi une histoire d’émancipation féminine et familiale. Mais question : peut-on accepter de renoncer à  voir sa fille par amour pour un être cher ?

Todd Haynes nous offre un film dans la plus pure tradition des somptueux mélos d’Hollywood.
Mais ce classicisme n’est jamais étouffant et autant qu’une histoire d’amour entre deux femmes c’est de la puissance du sentiment amoureux qu’il nous est donné à  voir ici.
Cate Blanchett en Carol est magnifique, on la sent vibrer dans la douleur comme dans le bonheur, impériale et défaite. On pense à  Grace Kelly. Elle aurait mérité amplement le Prix d’interprétation féminine à  Cannes cette année aux côtés de Rooney Mara qui elle, l’a obtenu pour le rôle de Thérèse. Une jolie révélation

Marie-Noëlle Gougeon

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19558754&cfilm=207734.html

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