Chronique cinéma – Les Innocentes

d’Anne Fontaine
avec Lou de Laâge, Agata Buzëk, Vincent Macaigne. `
Drame. Film franco-polonais. 1h55.

Une histoire tragique mais transcendée par le scénario et l’attention bienveillante d’Anne Fontaine pour le sujet et la vie de ces religieuses. Un beau et grand film

Le bouche à  oreille a déjà  fonctionné pour ce film au sujet délicat et pourtant rempli de lumière.
« Les innocentes » a comme point de départ, l’histoire vraie de moniales polonaises en 1945 et leur rencontre avec Mathilde Beaulieu, une jeune femme médecin française de la Croix-Rouge. En poste pour les ressortissants français, elle est appelée de toute urgence par une jeune novice du couvent pour l’accouchement . d’une religieuse. L’horreur et l’incrédulité se mélangent dans l’esprit de la jeune femme. Ce sont les atrocités de la guerre. Les soldats de l’Armée rouge ont commis des violences sexuelles sur ces sœurs. Sept d’entre elles attendent un enfant.
Mathilde Beaulieu a laissé des écrits de cette expérience et c’est un petit neveu retrouvant ses carnets qui a permis de lever le voile sur cette histoire qui resta longtemps cachée

Anne Fontaine, la réalisatrice a demandé à  Pascal Bonitzer d’écrire un scénario empli de vérité et de respect. Sa chef opératrice Caroline Champetier joue sur les blancs et les gris de la neige et des pierres : le couvent désaffecté polonais dans lequel a été tourné le film apporte un environnement minimaliste et resserre l’action sur les visages, les regards, les mots échangés entre Mathilde, fille de militants communistes et ces religieuses dont elle partage à  peine la langue mais les interrogations.

On est en décembre 1945, moment de basculement du monde. Ces religieuses savent que leur pays va faire partie du bloc soviétique, régime auquel appartiennent leurs bourreaux mais elles dépendent aussi d’un ordre religieux, celui des Bénédictines, d’une Eglise qui a ses propres lois, ses propres codes. Certains condamneront sûrement l’attitude de la Mère abbesse qui préfère la loi du silence (« C’était pour les protéger » dira-t-elle) à  la bienveillance et à  la transgression.
Et c’est toute cette opposition, cette lutte qui va nourrir la dramaturgie du film. Comment garder la foi après un tel drame ? Quelle rencontre possible entre une femme athée, qui soigne les corps et des femmes qui ont donné leur vie à  Dieu ? Comment faire face à  l’impensable, les exactions de temps de guerre que beaucoup de femmes subissent encore (agressions, viols, meurtres) et l’engagement dans une vie de prières, de foi en la miséricorde de Dieu ? « La foi c’est vingt-quatre heures de doute et une minute d’espérance »dira la jeune maîtresse des novices.

Si certains ont pu voir la bande-annonce du film, il ne faut pas qu’ils craignent la dureté de certaines scènes. Elles sont parfois tournées en clair-obscur, on ne sent aucun voyeurisme ou approche déplacée. Anne Fontaine a voulu une fin heureuse à  son film. C’est le seul bémol que je mettrais à  la vision de ce long métrage : une fin utopiste et idyllique. Il n’empêche, la réalisatrice donne comme point d’orgue à  son film ce plaidoyer pour la vie et pour l’Amour. N’est ce pas celui de l’Evangile ?
Le père Jean-Pierre Longeat qui fut abbé de l’abbaye de Ligugé a été le conseiller liturgique. Ce sont les actrices elles-mêmes qui chantent les pièces en grégorien scandant la journée des moniales. Lou de Laâge qui joue Mathilde a un visage qui est la grâce incarnée. La Mère Abesse est jouée par Agata Kulesza l’actrice qui jouait Ida
A Lyon, une vieille femme de 90 ans est venue saluer Anne Fontaine. Elle était l’une des religieuses qui étaient dans ce couvent en Pologne en 1945.Moment intense d’émotions.

Marie-Noëlle Gougeon

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19559754&cfilm=231540.html

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