La danse à  Lyon en 2014 – 2015

de Pierre Moutarde

Les lyonnais ont la chance d’avoir des lieux forts pour la danse. Voici quelques « moments » de danse pour 2014-2015, choisis à  travers un grand nombre de propositions.

A partir du 10 septembre, la « Biennale de Danse de Lyon » donne le ton dans 44 lieux. Elle nous propose 45 propositions et 169 représentations. Pas de thème central, cette année, mais des esthétiques et des artistes variés. Pour cette Biennale, relevons la présence de trois artistes « emblématiques » de toutes ces dernières années :

au Théâtre des Célestins

• du 10 au 12 septembre 2014 – Lloyd Newson (Compagnie DV8 physical theatre) revient à  Lyon avec « John » . Lloyd Newson est un ancien psychologue et travailleur social. Depuis 1986, il traite de tous les grands thèmes de la vie humaine : l’étranger, la vieillesse, le handicap, le sexe, la tolérance, etc. C’est un artiste fort et dérangeant qui « cogne sur l’hypocrisie » de notre société.

• le 21 septembre à  15 heures – Jan Fabre, un artiste qui vient des arts plastiques et qui présente : « C’est du théâtre comme c’était à  espérer et à  prévoir » Il s’agit de la reprise d’un travail de 1982 absolument inclassable joué par 9 performers pendant 8 heures avec les spectateurs qui peuvent entrer et sortir.

au TNP

• du 24 au 27 septembre – Maguy Marin qui présente une nouvelle création (sans titre à  ce jour). Artiste authentique et très engagée, Maguy Marin n’est plus à  présenter. Ancienne directrice du Centre chorégraphique national de Rillieux la Pape, elle est l’auteure du fameux May B.

à  la Maison de la danse

Au cours de la saison relevons la présence de quatre Compagnies particulièrement intéressantes, et qui donnent à  voir des esthétiques très différentes. Ainsi :

• du 2 au 7 décembre 2014 – Le chorégraphe Boris Eifman présente « Rodin et son éternelle idole ». Dans une esthétique néo-classique, Boris Eifman donne à  voir une danse narrative souvent hantée par la solitude et la folie. Il a traité déjà  des thèmes de Hamlet, Giselle (Giselle rouge), Anna Karenine, etc. Sa magnifique compagnie (Eifman Ballet de Saint-Pétersbourg) comprend 46 danseurs.

• du 14 au 17 janvier 2015 – Le chorégraphe de la Batsheva Dance Company, Ohad Naharin, présente « Sadeh21 ». Ohad Naharin est un admirable sculpteur des corps au langage chorégraphique particulièrement sensuel.

• du 23 au 28 février 2015 – Le chorégraphe Thierry Malandain, qui dirige le Ballet de Biarritz, présente « Cendrillon » qu’il a entrepris de revisiter. Dans une écriture classique et contemporaine à  la fois, il parvient à  faire de cette œuvre que nous connaissons tous un nouveau ballet plein de force, de sensualité et d’humour.. Il sera d’ailleurs intéressant rapprocher le travail de Thierry Malandain de celui de Maguy Marin dont le Cendrillon est repris par l’Opéra de Lyon en novembre.

• du 31 mars au 3 avril 2015 – le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui présente « Sutra ». Il s’agit là  d’un spectacle tout à  fait singulier puisqu’il met en scène 19 moines bouddhistes experts en arts martiaux dont trois enfants et le chorégraphe lui-même. Sidi Larbi Cherkaoui a passé de nombreux mois au temple de Shaolin (au cœur de la Chine, province du Henan, sur le mont Songshan) pour construire une chorégraphie dans laquelle s’entrelacent les arts martiaux et la danse contemporaine.

à  l’Opéra de Lyon

nous avons la chance de disposer d’une troupe de haut niveau, forte de 31 danseurs, capable de danser toutes les grandes chorégraphies contemporaines. Le Ballet de Lyon présente :

• du 4 au 7 novembre 2014 – « Sarabande » de Benjamin Millepied, « Workwithinwark » et « Steptext » de William Forsythe.

• du 7 au 11 avril 2015 – « Drumming live », une œuvre très attendue d’Anne Teresa de Keersmaeker.

Café-ciné

«Café-ciné » –
à  Saint-Bonaventure

le jeudi 18 septembre de 12h30 à  13h30

Une fois par mois, nous nous retrouvons autour d’un film présent sur les écrans. Chacun va le voir à  la séance de son choix, et nous nous retrouvons pour en parler pendant une heure, autour d’un café que Saint-Bonaventure offre.
Autour du film «Party Girl » (France, 2014, 1h35), film de Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis.
Sorti en salles depuis le 27 août 2014.

Le blog Cinéma – « Party girl « 

de Marie-Noëlle Gougeon

Nouvelle rentrée, nouvelle plume pour ces chroniques Cinéma.
Je prends le relais de Magali Van Reeth pour un rendez-vous dorénavant hebdomadaire sur le cinéma avec vous, puisque c’est cette périodicité qui rythme les sorties du mercredi.
Ancienne journaliste à  La Vie, et chroniqueuse à  RCF, j’ai depuis toujours été attentive aux langages de l’image, des médias : auprès des jeunes d’abord, dans mon métier de journaliste ensuite.
Je m’inscris tout à  fait dans les objectifs du service Arts, Culture et Foi et je reprends volontiers ses orientations à  mon compte pour m’aider dans mes choix à  propos des films dont je parlerai :
• Ètre attentif et relayer les programmations et initiatives intéressantes des cinémas de la ville et du département (Festivals, Rencontres etc..)
• Qu’est ce que ces films proposés révèlent de l’homme, de ses attentes, de ses désirs, de ses cris ?
• Comment y est exprimée la dimension spirituelle de l’homme ?
• Comment ces œuvres cinématographiques peuvent-elles être des sources de questionnements, de dialogue, de rencontre ?

Vous l’aurez compris, il y aura des coups de cœur, des bravos, mais aussi des coups de griffe ou plus ! Mais toujours dans un esprit d’ouverture, de partage avec des points de vues différents, de découverte de l’autre, voire du Tout Autre.
Et pour visualiser ces choix, et reprendre les pratiques des pages cinéma des journaux, j’utiliserai un pétale du logo du diocèse, puisque nous nous y inscrivons pleinement.
Ainsi, le film choisi se verra attribuer 1,2 ou 3 pétales selon le degré d’appréciation :

un peu beaucoup très beau film pas du tout x

Et le premier film dont j’aimerais vous parler est celui d’un beau portrait de femme, de mère
«Party girl » de Marie Amachoukeli, Claire Burger, Simon Theis.

WINTER SLEEP

Le blog Cinéma de Marie-Noëlle Gougeon

Winter Sleep de Nuri Bilge Caylan avec Halur Bilginer, Ekrem Ilhan.

La Palme d’or à  Cannes, récompense suprême pour un cinéaste, a été décernée cette année à  Winter Sleep du cinéaste turc Nuri Bilge Caylan.
Dans un Anatolie plus désertique et sauvage que jamais, balayée par le froid et la neige, Aydin, un ancien comédien tient un hôtel troglodyte, caverne douillette mais propice à  l’enfermement et à  l’introspection. Sa carrière lui a procuré de bons revenus, il possède des appartements qu’il loue aux habitants du coin mais ceux-ci supportent mal le joug de ce bailleur despotique. Ce qui provoque une sourde violence envers Aydin.
Chez lui, pas davantage de sérénité. Sa sœur remet en cause son ambition éditoriale (il est directeur d’un journal à  petit tirage), sa jeune épouse Nihal, étouffe à  ses côtés et occupe son temps à  lever des fonds pour des écoles pauvres du coin.
Par son statut d’intellectuel, d’écrivain, Aydin se complet dans une vision de lui-même idéalisée. Il avait de si beaux rêves. Où sont-ils ? Il peine à  voir ses propres failles.
Alors qu’il envisage de repartir à  Istanbul, il faudra l’épreuve d’une nuit passée en compagnie d’un ami et de l’instituteur avec qui il va déguster jusqu’au matin l’alcool fort du pays pour que ses yeux se décillent. Il reviendra au bercail, sinon enfin lui-même, mais du moins ayant ouvert les yeux et peut-être son cœur à  ceux qui l’entourent.
Winter Sleep est un long film (3h15 !) essentiellement composé de huit-clos et de longues conversations entre les protagonistes de l’histoire. On pense à  Tchekhov, mais il manque l’émotion et la palpitation des cœurs, à  Bergman bien sûr mais le grand-maître suédois savait donner plus d’intensité dramatique à  ses personnages. Les joutes verbales sont philosophiquement très riches -le mal, le destin, l’argent, le temps qui passe – et servies par de superbes comédiens : la jeune comédienne qui joue Nihal est vibrante de frustrations et de désirs inassouvis. Mais on peine à  tenir l’attention trois heures durant !
Il reste néanmoins un film maîtrisé dans sa construction cinématographique et visuelle (l’image et la lumière y sont magnifiques), mais trop centré sur l’échange verbal pour que l’on s’identifie complètement à  l’histoire et aux interrogations des personnages.
Que l’on vibre, tout simplement

NUIT PÉGUY – le centenaire de la mort de Charles Péguy

THÉà‚TRE, PHILOSOPHIE, POÉSIE du couchant au levant, sur les hauteurs de Fourvière..- mise en scène Marie-Cécile DU MANOIR,

Si vous aimez Charles Péguy n’hésitez à  venir à  la première partie …..
Si vous êtes fou de Péguy…alors restez avec nous toute la nuit jusqu’à  l’aube, pour lire Eve au lever du jour en contemplant Lyon qui s’éveille.

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« L’affrontement »

au Théâtre Tête d’Or

Un affrontement plein d’humour entre Tim Farley, un vieux prêtre attaché à  ses principes, et Mark Dolson, un jeune séminariste. Il s’agit d’un voyage initiatique pour Mark Dolson et d’un retour aux sources pour Tim Farley, son mentor. Les spectateurs deviennent les témoins d’un affrontement de plus en plus complice.

critique de Bruno Bouvet dans «La Croix »

[->http://www.la-croix.com/Culture/Theatre/Theatre-L-Affrontement-pretre-et-seminariste-a-hauteur-d-hommes-2013-07-02-981162]

contact

http://www.theatretetedor.com/

Musiques sacrées à  l’Auditorium de Lyon

Mardi 30 septembre à  20 heures

l’auditorium de Lyon accueille à  l’occasion du vingtième anniversaire de la Grande Mosquée de Lyon, l’Auditorium accueille un concert de musique sacrée par lequel ce haut lieu de la foi musulmane, qui en est l’organisateur, entend rappeler ses valeurs d’intégration, d’éthique et de cohésion sociale.

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Cette soirée aura un aspect symbolique, puisqu’elle réunira sur une même scène artistes juifs, chrétiens et musulmans, qui célébreront à  leur manière le dialogue et l’échange interculturel. Les derviches tourneurs de Konya nous plongeront dans la mystique soufie, le cantor Élie Elbaz nous entraînera dans la tradition séfarade, tandis que le Choeur mixte de la primatiale Saint-Jean proposera un magnifique programme choral accompagné au grand orgue de l’Auditorium.

Programme

Louis Lewandowski Psaume 46 «Gott ist uns Zuflucht und Stà¤rke » — 3 min
Felix Mendelssohn Bartholdy Hymne «Hà¶r mein Bitten » — 8 min
Marcel Godard Le Cantique de saint François — 4 min
Marcel Godard Psaume 150 «La Cantoria de Luca della Robbia » — 7 min

Interprètes

fKonya Tà¼rk Tasavvuf Mà¼ziÄŸi TopluluÄŸu
Chœur mixte de la primatiale de Lyon, choeur
Sophie Lou, soprano
N N, basse
Octavian Saunier, orgue
Jean-François Duchamp, direction
Cantor Elie-Elbaz
Groupe de musique séfarade de Paris

En savoir plus :

[->http://www.auditorium-lyon.com/Saison-2014-2015/Musiques-sacrees]

Résistance naturelle

de Jonathan Nossiter

Italie, 2014, 1h25

Sortie en France le 18 juin 2014.

documentaire

En Italie, quelques viticulteurs préfèrent travailler la terre et le vin comme ils leur chantent, plutôt que de se plier aux réglementations qui protègent plus les industries agro-alimentaires, que la qualité des produits.

Le film s’ouvre par une vue de La Chute d’Icare, tableau de Pierre Brueghel, célèbre par toutes les interprétations qu’on peut en faire. Le réalisateur Jonathan Nossiter ne donne pas d’explication mais le fait qu’Icare, personnage rêveur et inventif, tente de tutoyer les nuages dans l’indifférence générale, peut être une piste de lecture. A moins que ce ne soit le foisonnement de détails et de récits qui se côtoient dans cette peinture, comme dans le documentaire…311173_d2793464532a4d4eb492acb4db41722a.jpg

Résistance naturelle est une belle journée à  la campagne, une joyeuse conversation autour d’un bon repas et des vins étonnants. Les convives sont des viticulteurs italiens refusant l’appellation d’AOC qui ne leur permet pas de faire le vin qu’ils veulent. C’est à  dire des vins naturels, sans apport de sucre ou souffre, sans pesticide. Des vins qui ne se construisent pas « à  la cave » mais qui sont issus de grappes pas toujours conformes. Les convives sont Stefano Bellotti, Elena et Anna Pantaleoni, Corrado Dottori, Giovanna Tiezzi. Ce sont des artisans soucieux de ne pas épuiser la terre qu’ils travaillent, attentionnés à  l’ensemble de l’écosystème dans lequel ils vivent. Avec eux, Gian Luca Farinelli, directeur de la cinémathèque de Bologne, connue pour la restauration des films du patrimoine.311173_51e1d79ec0536a0fc8a7d69636cdd942.jpg

Le charme de ce film, au-delà  d’une salutaire prise de position en faveur d’un plus grand respect des richesses de la terre et du consommateur, c’est la liberté avec laquelle Jonathan Nossiter construit son film. Il s’attarde sur des détails n’ayant, en apparence, rien à  voir avec le sujet. Il filme un groupe d’enfants pataugeant autour d’une flaque de boue, un chien dans la cour de la ferme. Il nous fait profiter du spectacle d’un coucher de soleil dans les douces ondulations de la campagne toscane. Sa caméra sautille d’un visage à  l’autre, dégringole un escalier, joue à  cache-cache avec les verres de vin qui encombrent la table. Par moment encore, le documentaire s’interrompt pour des extraits d’autres films, célèbres ou non : Comizi d’amore de Pasolini, Max mon amour d’Oshima, Rome ville ouverte de Rossellini, Au Hasard Balthazar de Bresson, La Ruée vers l’or de Chaplin ou quelques extraits d’actualité. Pour le réalisateur, qui est aussi le monteur du film, c’est prendre acte « d’une joyeuse liberté de cinéaste qui m’a donné envie d’aller plus loin dans ces échanges entre deux mondes ». 311173_9f62b8a97f5f0c78af1efea814bf8e41.jpg

A défaut de goûter le vin dont il est tant question dans ce documentaire, on goûte à  la liberté de ces artisans, amoureux de leur travail, capables de renifler une motte de terre pour s’assurer qu’elle n’est pas malade, de batailler pour restaurer un film, de prendre sa caméra pour filmer les battements du monde, sans se soucier de rentabilité. On sent la joie de créer sans détruire, on participe à  cette célébration de la nature dans toute sa splendeur. Bien qu’il n’en soit pas question ouvertement, Résistance naturelle parle aussi de ce que nous allons transmettre aux générations suivantes, cinéastes, parents ou agriculteurs.

Magali Van Reeth

SIGNIS