CINE : Fais-moi plaisir !

d’Emmanuel Mouret

France, 1h30, 2009.

Sortie en France le 24 juin 2009.

avec Frédérique Bel, Judith Godrèche, Déborah François, Emmanuel Mouret.

Mêlant situations contemporaines et marivaudage classique, une comédie élégante qui nous fait entrer dans l’univers très particulier, poétique et décalé, du réalisateur français Emmanuel Mouret.

plaisir3.jpgDifficile de ne pas penser à  Marivaux quand on regarde Fais-moi plaisir ! Déjà , dans Changement d’adresse en 2006 ou Un baiser, s’il vous plait (2007), les relations amoureuses entre jeunes gens d’aujourd’hui avaient l’élégance, l’impertinence et la complexité de celles mises en scène par le grand maître. Bien sûr, au 21ème siècle, les Jean-Jacques, Nicolas, Rodolphe, Judith, Anne ou Julia ont un téléphone portable, une petite voiture rouge pour se déplacer et vivent en colocation quand les Dorante, Arlequin, Araminte, Sylvia ou Lisette du 18ème siècle s’envoyaient des sms cachetés à  la cire, allaient en calèche et vivaient dans le palais d’un prince. Mais les incertitudes et les troubles de l’amour sont toujours aussi perturbants pour ceux qui les vivent, surtout lorsqu’on s’échange de fausses confidences ou qu’on joue à  éprouver l’attachement de son fiancé. Poussant encore plus loin la coïncidence, Emmanuel Mouret, dans Fais-moi plaisir ! rajoute l’élément « maîtres et valets » si cher à  Marivaux à  la veille de la Révolution française. En 2009, quand on pense à  princesse et à  palais, on arrive vite au palais de l’Elysée où la princesse des lieux s’ennuie avec son remuant fiancé. Les gardes du corps et les soubrettes y ont forcément leur place en journée, avant de retourner dans leur chambre de bonne, le soir, sous les toits. Où la vie et les jeunes filles sont beaucoup plus joyeuses que sous les ors de la République.

C’est avec beaucoup de talent qu’Emmanuel Mouret trouve à  la fois le ton juste et pertinent pour dire les clichés éternels de l’amour à  travers les codes très précis de notre époque. Là  où, autrefois, on craignait d’aimer trop vite, ici, on craint de se lasser trop vite. L’ennui est devenu plus à  craindre que la déchéance sociale, surtout quand on a goûté à  la vanité des riches. A ce qui pourrait être une vulgaire comédie de mœurs, Mouret fait un enchantement. Tout est élégant et raffiné, suggéré et mis en scène de façon décalée. On flotte dans une atmosphère très particulière, aérienne, poétique, inattendue. Le comique de certaines situations est à  la fois burlesque et pudique. Enfin il y a la langue. Un peu chantante, un peu désuète, dite à  la perfection par tous les acteurs, dont Emmanuel Mouret lui-même et la fidèle Frédérique Bel. Des mots pour dire nos désirs d’aujourd’hui, si tyranniques, notre maladresse face aux envies des autres, notre manque d’intelligence dès qu’il s’agit de cœur. Langue de la double inconstance, quand notre raison dit non et que notre corps dit oui. Ou le contraire.

plaisir2.jpgFais-moi plaisir ! est tout à  fait dans la lignée des autres films du réalisateur, peut être un peu plus abouti. Il se regarde avec gourmandise, et tranche dans la production actuelle. Comme le dit si bien son titre, il donne un vrai « plaisir » aux spectateurs.

Magali Van Reeth

Signis

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