Le scandale Paradjanov – Avédikian et Olena Fetisova

Le scandale Paradjanov ou la vie tumultueuse d’un artiste soviétique

de Serge Avédikian et Olena Fetisova

avec Serge Avedikian.

(France Géorgien Ukrainien 1H35).

Chroniques cinéma de Marie-Noëlle Gougeon

Serguei Pardjanov est un cinéaste qui fut honoré par l’Occident mais critiqué voire combattu par le pouvoir soviétique puisque l’Ukraine, son pays appartenait alors à  l’URSS. C’était un être hors norme, qui aimait la démesure, faisait exploser les codes classiques du cinéma, bousculait les règles de l’art et des convenances mais aussi faisait montre d’une créativité à  la fois poétique, jubilatoire et iconoclaste. C’était dans les années 50-60

Auteur du célèbre film « Les chevaux de feux » et de « Sayat Nova », il fut emprisonné dans un camp pendant cinq ans pour propos subversifs et homosexualité.

Le film de Serge Avédikian « Le scandale Paradjanov ou la vie tumultueuse d’un artiste soviétique » retrace une partie de sa vie dans lequel le réalisateur joue également le rôle de l’artiste. Serge Avédikian livre un film plein d’empathie pour son sujet : les démêlés de ce peintre avec l’Etat soviétique, la censure mais aussi son amour de la vie qui bouscule tout, sa créativité, sa liberté qu’il paiera au prix fort. On sent Paradjanov attaché à  ses origines, son pays. Il avait tourné Sayat Nova dans un dialecte régional ukrainien. Et le gouvernement soviétique l’avait accusé de nationalisme !

La fin du film le montre lors de sa venue à  Paris où après les discours et les distinctions, il se repose près de la fontaine de Nicky de Saint-Phalle au milieu des statues des femmes obèses et multicolores, des jets d’eau tourbillonnants.

« Les dessins, les images, les films ont plus de force que les mots pour renverser les dictateurs de touts poils » disait-il en substance

Le scandale Paradjanov est un film truculent, aux couleurs chatoyantes, à  la musique entraînante. Pas complètement maîtrisé mais attachant même dans ses défauts : une profusion de personnages, une mise en perspective parfois un peu relâchée, des idées qui « explosent » un peu dans tous les sens mais une belle illustration de la défense de l’art, des artistes et de la créativité.

En cette semaine où la liberté d’expression de caricaturistes fut si lourdement assassinée, on est d’autant plus heureux de voir un film défendre cette liberté des artistes, qu’elle s’exprime en France, en Ukraine ou partout dans le monde. Elle y apparaît force de vie.

« Mon amie Victoria » de Jean-Paul Civeyrac

Chroniques cinéma de Marie-Noëlle Gougeon

avec :Guslagie Malenda, Nadia Moussa, Catherine Mouchet. –

France (1H35).

Victoria n’a jamais pu trouver sa place. Belle jeune femme noire, d’une trentaine d’années, maman de deux enfants, elle pose sur la vie et sur les autres un regard absent, lourd de secrets, de pensées enfouies.

C’est son amie, sa sœur d’adoption qui travaille dans une maison d’éditions qui va raconter son histoire. Petites, toutes deux appartenaient à  cette classe d’employées de maison des beaux quartiers. Par la force des choses, elles fréquentaient les mêmes écoles que les fils des familles pour lesquelles leurs mères travaillaient. Un jour, parce qu’on a oublié de venir la chercher à  l’école, Victoria, alors âgée d’une dizaine d’années, est accueillie dans l’appartement d’un de ces couples bourgeois et ouverts. Elle en gardera un souvenir indélébile et fascinant. Quelques années plus tard, par hasard, elle retrouve le cadet de la famille : une histoire d’amour les réunit un été et à  la rentrée, le garçon parti aux Etats-Unis, Victoria découvre qu’elle est enceinte. Elle ne dit rien, garde l’enfant.

Elle rencontre alors un musicien, a un enfant avec lui mais le jeune homme meurt dans un accident de voiture. Voilà  Victoria seule avec deux enfants. Sa mère morte, son amie la recueille et veille sur elle. Mais Victoria rêve toujours à  ce monde qu’elle a croisé. Le hasard encore une fois va lui faire retrouver Thomas à  qui elle annonce sa paternité. Très vite la famille va se prendre d’amitié et de passion pour la petite fille qu’ont eue les deux jeunes gens mais écarte peu à  peu Victoria des décisions importantes pour l’éducation de la fillette. Quelle place lui revient alors dans un monde de blancs, aisés, cultivés, elle, la petite employée noire, aux revenus modestes et aux sentiments étouffés ?

Le film « Mon amie Victoria » est tiré d’un roman de Doris Lessing et Jean-Paul Civeyrac dépeint subtilement les relations entre ces deux mondes qui ne peuvent tout à  fait se comprendre et se mêler. Catherine Mouchet et Pascal Grégory qui interprètent le rôle des grands-parents sont terriblement justes dans leurs élans généreux mais étouffants et qui frôlent parfois la condescendance. Victoria apparaît absente de sa propre vie et n’ose pas dire vraiment les sentiments d’amour ou de refus qu’elle ressent face à  cette famille « bien née ». La jeune comédienne Guslagie Malenda lui prête sa nonchalance et sa beauté silencieuse.

La voix-off de son amie qui raconte l’histoire de Victoria pourrait alourdir le film : il n’en est rien. Elle symbolise la complicité entre les deux jeunes filles et la tendresse de l’une pour l’autre.
En brossant le portrait de Victoire, Jean-Paul Civeyrac a réussi à  décrire la complexité née de la rencontre entre des milieux, des cultures et des parcours de vie différents.

Né quelque part chantait Maxime le Forestier.A-t-on une place assignée pour la vie ou peut-on emprunter véritablement un autre chemin, changer de monde ? La réponse est ouverte

UN LIVRE UN TEMOIN – « Meursault, contre-enquête »

MARDI 3 FEVRIER 2015 de 18H30 à  20H

7, Place de Cordeliers / Metro : Cordeliers

Françoise ZEHNACKER – présentation

Hugues ROUSSET – lecture

Aïcha KAWAK – témoignage

CONTACT : contact@saint-bonaventure.fr

«Cet homme qui soliloque dans un bar, nuit après nuit, c est le frère de l’Arabe tué par un certain Meursault dans un célèbre roman du XXe siècle. Soixante-dix ans après les faits, rage et frustration inentamées, le vieillard rend un nom au mort et donne chair à  cette figure niée de la littérature : l’Arabe. Un roman profond sur les héritages qui conditionnent le présent et sur le pouvoir exceptionnel de la littérature pour dire le réel. »
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STABAT MATER

AUDITORIUM DE LYON

Dimanche 11 janvier – 16h

PROGRAMME

Giacomo Puccini – Kyrie de la Messa «di gloria »

Gioachino Rossini – «L’Espérance » et «La Charité », extraits des Trois Chœurs religieux

Giacomo Puccini – Requiem

Charles-Marie Widor – Allegro vivace de la Symphonie pour orgue n° 5, en fa mineur, op. 42/1

Gioachino Rossini – Stabat Mater

[->http://www.auditorium-lyon.com/Saison-2014-2015/Orgue/Chaeurs/Stabat-Mater-de-Rossini]

« Pas pleurer »

Le prix Goncourt 2014 a été remis à  Lydie Salvayre, pour son roman «Pas pleurer », publié au Seuil.

Plusieurs histoires sont tissées ensemble, les souvenirs de la mère de la narratrice, l’histoire de l’Espagne de la guerre civile, l’aujourd’hui de la narration (qui est celui de la mère malade et d’une France où l’extrême droite ne paraît pas si extrême, commune, une possibilité politique parmi d’autres), et le texte de combat de Bernanos, Les grands cimetières sous la lune, contemporain de la guerre, apostrophe à  qui veut l’entendre, plaidoyer pour la vérité de l’évangile et la dignité de l’homme, pour l’honneur de l’Eglise et la paix civile, toutes choses indissociables.

L’ouvrage de L. Salvayre se lit d’une seule traite. S’il s’agit de grande littérature, je n’en suis pas certain, mais demeure la présence des personnages et l’ambiance une fois le livre refermé. L’auteur offre une aventure de plus, toujours nouvelle, lorsque la fiction informe, transforme, même à  leur insu, ceux qui s’y livrent.

Parler de la guerre d’Espagne est une affaire encore bien impossible dans la Péninsule. En France, il se pourrait que l’on refuse une nouvelle fois, de voir ce que signifie la montée des fanatismes, (religieux, laïcards ou athées) et la banalisation des discours nationalistes. Le malaise dans la société effets de la crise économique, discrédit des institutions à  commencer par la politique, et exigence que réclame de chacun un monde dont les repères ne sont plus imposés d’en haut, tout faits – suscite la peur, ébranle les identités et, de manière très archaïque, provoque à  rechercher des bouc-émissaires, lesquels par définition ne sont nullement la cause des maux, mais servent à  les exorciser à  défaut de les guérir.

Le récit du fascisme espagnol et sa stigmatisation des communistes ou des libertaires mettent étrangement, amèrement, terriblement, en perspective la société actuelle. Les alliances ont changé, mais peut-être qu’en apparence : ce ne sont plus les Rouges que soutient la Russie, mais les Bruns. Qui sera la puissance pour les combattre ? Quant à  l’Eglise, elle est encore dans le coup. Les liens de l’intransigeance catholique, formellement ou non intégriste, avec le pouvoir de Poutine ne sont plus à  démontrer.

Ce que je souligne de façon trop explicite, L. Salvayre ne fait que le suggérer par son montage des intrigues, ces époques qui se superposent à  trois quarts de siècle de distance, qu’une vie d’une femme incarne, sa mère. Pas besoin à  l’auteur de se faire militante. Son récit s’en remet au Bernanos des écrits de combat pour réveiller les consciences, susciter l’engagement, défendre la morale, la considération de tout homme comme un frère (agis de telle sorte que tu ne considères jamais autrui seulement comme un moyen, mais toujours aussi comme une fin).

Du coup, le héros du roman vous pardonnerez cette manière si enfantine de parler pourrait bien être Bernanos qui se battit d’abord contre lui-même pour préserver la liberté d’appeler le mal par son nom, engageant sa liberté et conscience. Ce n’est pas rien, la clairvoyance de cet homme. Evidemment, c’est facile à  dire quatre-vingt ans plus tard, mais tout de même. Ce n’est pas rien, que cet homme clairvoyant ait été un chrétien, je veux dire ait été clairvoyant grâce ou à  cause de l’évangile. Certes, au nom du même évangile, les autres non seulement n’ont rien vu, mais plus encore, on justifié qu’il n’y avait rien à  voir, ont commandé de ne rien voir. C’est qu’il ne suffit pas d’avoir des yeux pour voir ni des oreilles pour entendre. Ce ne serait pas rien si ceux sur qui l’on pourrait espérer compter pour appeler le mal par son nom se tenaient ainsi, au nom de l’évangile, avec le devoir de conscience comme source de leur liberté de parole.

Mais si au nom du Christ on a pactisé avec la Terreur, comme dit Bernanos, me dit Salvayre, que vaut l’évangile qu’un seul, dans la fiction du moins, sauve du total discrédit et du désastre qui le poursuit encore aujourd’hui en Espagne, et en tant d’autres lieux aussi ? Que L. Salvayre ne soit pas chrétienne mais qui est disciple dans la parabole du jugement de Mt 25 ? ne change rien à  l’affaire, sauf à  éviter l’apologétique et l’autoglorification institutionnelle, dans une sorte de récupération, bien, trop, tardive.

On ne saura plus jamais, comme deux et deux font quatre, ce que commande l’évangile, parce que l’on a fini de penser qu’il y avait un fondement à  toute chose, un savoir absolu, que les prélats délivrent, eux seuls et garants. On ne saura plus jamais, si on l’a jamais su, comment il faut lutter contre le mal, comment discerner entre le mal et ce qui nous apparaît le mal. Les bonnes intentions ne suffisent pas, elles pavent l’enfer. Les justifications institutionnelles et idéologiques n’ont jamais suffi, elles ont toujours été pourries.

Salvayre rappelle que Bernanos n’était pas prédestiné, socialement, idéologiquement, institutionnellement, à  dénoncer cette Terreur. Ce qui l’a fait basculer hors de son camp ne peut être réduit à  une ou deux explications, sa liberté, sa conscience. Salvayre met en avant l’attachement de Bernanos à  Jésus, comme St François qui habite plusieurs pages des Grands cimetières. Elle oppose un peu facilement (et rapidement) le Jésus de Bernanos à  celui de l’Eglise, l’évangile à  l’Eglise, passant, ici du moins, à  côté de (la foi de) Bernanos. A la lueur d’une lune bien pâle, Bernanos a vu le visage du Christ sur celui des quinze fusillés par jour à  l’exécution sommaire desquels on pouvait assister sur l’ile de Majorque, en s’organisant un peu et avec une voiture ! L’évangile ni l’Eglise ne l’ont empêché de voir. Au contraire, ils lui ont ouvert les yeux, Il fallait pour cela n’avoir rien à  défendre (situation, reconnaissance, appartenance ecclésiale, dogme, ordre social, etc.) qui aveugle, rien à  défendre si ce n’est le frère.
Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende

Patrick Royannais

C/ Lagasca 89 / 28006 Madrid / ESPAGNE

tel : (00 34) 91 435 51 60

royannais.p@orange.fr

http://royannais.blogspot.fr

Timbuktu

de Abderrahmane Sissako avec Abdel Jafri, Toulou Kiki.
( Film Franco-mauritanien. 1h37)

Prix du jury œcuménique à  Cannes en 2014.

Chroniques cinéma de Marie-Noëlle Gougeon

C’est le film qui a fait sensation à  Cannes cette année. Depuis le mois de mai, il ne reçoit que des critiques élogieuses et il est pourtant reparti sans la palme d’Or que certains lui prédisaient. En revanche et heureusement, il a été récompensé par le Prix du Jury œcuménique.

Timbuktu se déroule pas très loin de Tombouctou au Mali où les djihadistes sèment la terreur et font régner sur la région la loi islamique : plus de musique, de sport, les femmes doivent se voiler Elles qui aimaient rire et chanter s’insurgent bientôt : Comment vendre le poisson avec des gants ? Des tribunaux islamiques rendent une justice expéditive sans bases juridiques réelles. Des femmes sont lapidées parce qu’elles ont chanté ou ont embrassé un homme sans être mariées

L’immam du village, un sage aux cheveux blancs, essaie d’une voix douce de raisonner les semeurs de violence : en vain. Ceux-là  ne sont que des musulmans de façade qui fanfaronnent sur leurs deux roues et fument en cachette derrière les murs ocres de la ville.
A quelques kilomètres du village vivent paisiblement sous une tente Kidane, sa femme Satima et leurs deux enfants. Ils possèdent un troupeau qui va paître près du fleuve. Et un jour, le drame arrive : Kidane tue accidentellement Amadou, le pêcheur qui s’en était pris à  sa vache GPS La sentence des djihadistes sera la mort, prononcée et exécutée devant tous

Abderrahmane Sissako est mauritanien et aujourd’hui l’un des cinéastes les plus en vue du continent africain. Avec Timbuktu, son 4ème long métrage, il ose aborder et traiter le sujet, ô combien brûlant, du djihadisme au Sahel. En réaction à  cet obscurantisme, Il en fait une ode à  la liberté, à  la résistance avec des images superbes des montagnes, du désert, des robes chatoyantes des femmes. Il dépeint la douceur de vivre qui était celle que connaissaient les habitants de ces contrées avant de subir la violence des occupants.

Avec de larges plans calmes, il oppose la tendresse du couple de paysans, la joie des jeunes qui jouent au foot sans ballon, puisque c’est interdit, à  la bêtise et à  la folie des djihadistes.

Le rouge des habitants contre le noir des extrémistes.

Des extrémistes grossiers, incultes et n’ayant pour tout discours qu’une suite d’interdits à  imposer aux musulmans restés attachés à  leur foi tolérante. Mais pour combien de temps ? Alors, malgré le courage des populations que montre Sissako dans son film, c’est un sentiment d’impuissance et de rage que l’on ressent, malgré nous. Face à  l’aveuglement, la violence gratuite, l’obscurantisme et la mort, comment espérer encore ? Et pourtant à  Cannes, en mai dernier, Abderrahmane Sissako affirmait : « On ne peut pas parler de barbarie sans espérer »

Timbuktu représentera la Mauritanie en mars prochain aux Oscars dans la catégorie film étranger.

Les Héritiers

de Marie Castille Mention Schaar avec Ariane Ascaride et Ahmed Drame.
(2014 1h45).

Chroniques cinéma de Marie-Noëlle Gougeon

Le film Les Héritiers est tiré d’une histoire vraie proposée par un des anciens élèves de cette classe de seconde du lycée Léon Blum de Créteil et devenu aujourd’hui scénariste et comédien.

En classe de seconde, il a eu le bonheur d’avoir pour professeur d’histoire géographie, et animatrice de l’option Histoire des Arts qu’il suivait, une femme passionnée et qui jamais ne baissait les bras.

Pourtant, Mme Gueguen aurait eu des raisons de désespérer : une classe turbulente, violente parfois où personne ne s’écoutait ; une trentaine d’élèves aux origines diverses, aux parcours chaotiques, aux notes désastreuses, aux parents absents ou défaitistes, catalogués en conseil de classe.

Cette femme d’une quarantaine d’années va proposer à  ces gamins de banlieue un défi étonnant : participer au Concours national de la Résistance et de la Déportation en travaillant et rédigeant un livre sur le sujet « Les enfants et les adolescents juifs dans le système concentrationnaire nazi ».

D’abord réticents (on y arrivera jamais !), les élèves se prennent au jeu car leur professeur croit en eux, plus qu’ils ne croient en eux-mêmes d’ailleurs !

Le projet prend forme entre recherches documentaires, visites au Mémorial juif à  Paris et surtout les jeunes élèves reçoivent le témoignage d’un rescapé des camps, Léon Zyguel, qui les marque profondément et fait prendre à  leur démarche une dimension humaniste et citoyenne.

Ils gagneront finalement le 1er Prix du Concours qu’ils recevront à  l’Ecole Militaire, à  Paris, étonnés et surpris de leur propre succès, eux qu’on disait perdus pour une réussite scolaire.
Finalement les 2/3 obtiendront une mention au baccalauréat et Mme Guéguen reprendra à  la rentrée une autre seconde, toute aussi motivée.

Ce film dégage une vraie et belle espérance. On peut se dire qu’il est utopique ; certes toutes les classes ne peuvent mener à  bien et réussir un tel projet. Et pourtant, « Les héritiers » montre que des professeurs qui savent dépasser les lignes toutes tracées du programme et croire dans les potentialités de leurs élèves obtiennent des résultats au-delà  de ce qu’ils avaient imaginé.

De la même manière quand des gamins épaulés et emmenés par des adultes confiants et qui portent sur eux un regard dépourvu de parti pris dépassent leurs peurs et leurs échecs, ils réussissent eux aussi à  découvrir en eux des richesses insoupçonnées.

Le film alterne intelligemment les scènes de bronca et des moments de réflexions. On sent peu à  peu la violence s’estomper, et faire place à  la construction d’un livre écrit à  trente mains.où les mots remplacent les cris.

Ariane Ascaride est toujours juste, ferme et bienveillante à  la fois. Lumineuse.

Les jeunes se socialisent et s’humanisent sous nos yeux. Ils nous parlent de leurs angoisses, de leur jeunesse, de leurs espoirs.

Finalement ce film nous dit que rien n’est jamais perdu, si on rencontre un adulte aimant sur son chemin.

Qu’Allah bénisse la France

d’Abd Al Malik avec Marc Zinga Sabrina Ouazani
(France 2014 1h36).

Chroniques cinéma de Marie-Noëlle Gougeon

Abd Al Malik est un jeune rappeur d’origine congolaise, âgé aujourd’hui de 38 ans, lauréat des Victoires de la musique et qui a grandi au Neuhof, cette banlieue de Strasbourg souvent la proie de feux de voitures la nuit du Nouvel AnElevé seul avec ses deux frères par sa mère catholique, il s’appelait alors Régis. Surdoué, il intègre une classe préparatoire, fait des études de philosophie tout en montant en même temps un groupe de rap. Il se tourne un temps vers l’islam radical, côtoie les dealers de sa cité, flirte avec la drogue, voit ses amis mourir.. Il change alors de nom, devient Abd Al Malik.
Mais son goût pour la réflexion, la poésie, les textes littéraires vont l’entraîner à  approfondir les fondements de l’islam, étudier le soufisme au Maroc et devenir celui qu’il est aujourd’hui : un être profondément ouvert, tolérant et profond qui ne renie en rien ses origines, se sent bien en France : mon pays, dit-il, au point de lui faire cette déclaration : « Qu’Allah bénisse la France »
C’était le titre du livre qu’il a écrit en 2004 et qui raconte son histoire. Aujourd’hui sort le film qu’il réalise et dans lequel il a confié à  Marc Zinga son propre rôle.

Autant «Timbuktu » pouvait être ressenti comme un film montrant l’impuissance face au djihadisme autant celui-ci est plein d’espoir.
C’est en noir et blanc qu’ Abd Al Malik a voulu tourner en référence à  La Haine, ce film de Mathieu Kassowitz qui l’avait marqué et en référence aux films néo-réalistes italiens : Rocco et ses frères etc

C’est une vision de l’intérieur de la vie de cette cité qu’il connaît bien que nous donne le chanteur faite de violences, de galères et de débrouilles pas toujours légales et dont il est parfois complice. Mais c’est surtout la « conversion » intérieure de ce jeune homme qui nous est montrée : de l’islam radical, il évolue grâce à  l’amour d’une jeune fille de la cité, au soutien et à  la confiance de sa professeur de philosophie vers un approfondissement de sa foi, une étude des textes coraniques, jusqu’à  aller passer quelques mois au Maroc s’imprégner de la spiritualité du soufisme.

Les images en noir et blanc accentuent le côté sombre de l’histoire et en même temps lui donnent une dimension exigeante et réaliste. Ces jeunes des cités ont une culture, une musique, une vie collective qui leur est propre. Il faut parfois s’accrocher pour comprendre ce parler des ados mâtiné de langage verlan et d’accent strasbourgeois ! Mais regarder ce film nous montre la complexité de leur situation et l’abîme qui les sépare de la société organisée

Abd Al Malik n’oublie pas ses copains morts de mort violente : un lent défilé des visages de tous ces disparus ponctue l’enterrement de Rachid, un de ses amis abattu par un caïd..Il aurait pu être à  sa place.

Oui, mais voilà , il a fait le pari de la vie, comme lui fera remarquer son professeur de philosophie, il a fait celui de chanter, d’écrire. Et par ce film de témoigner et de rendre grâce pour son pays : « Qu’Allah bénisse la France » . Pari émouvant et réussi.

La belle jeunesse

de Jaime Rosales avec Ingrid Garcia-Jonsson et Carlos Rodrigues
(2014 Espagnol, 1h43).

Cannes 2014 : Jury Œcuménique, Mention spéciale.

Film sorti en salles le 10 Décembre.

Chroniques cinéma – de Marie-Noëlle Gougeon

Si le film « Les Héritiers » témoignait d’un possible espoir pour la jeunesse d’un lycée de banlieue parisienne, l’avenir de la jeunesse d’une banlieue madrilène apparaît bien sombre.

Le titre est pourtant juste car ces jeunes d’une vingtaine d’années n’aspirent qu’à  trouver du travail, un logement et commencer leur vie d’adultes d’une manière autonome.

Natalia et Carlos s’aiment, un bébé s’annonce et la jeune femme fait le choix de le garder. Ils vont aller vivre chez le garçon mais pas facile avec une mère malade.

Alors, le jeune couple cherche à  trouver de l’argent facilement, jusqu’à  tourner dans un film pornographique. Expérience qui restera unique pour le couple mais pas pour Natalia

C’est la galère de cette jeunesse espagnole étranglée par une vie sans grand espoir: pas de travail, pas d’argent. On survit en se serrant les coudes, avec les copains qui eux aussi désespèrent. Reste les rêves : « Je te construirais une maison », les jeux vidéo, les messages sur les réseaux sociaux jusqu’au départ de Natalia pour l’Allemagne un pays qui embauche. Oui, mais pour quel travail ? La chute du film tombe comme un couperet

Jaime Rosalès a su par la qualité de ses interprètes, son talent de réalisateur nous restituer à  la manière d’un entomologiste la réalité de la vie de cette jeunesse perdue de Madrid. Il y a une grande qualité dans les cadrages qui scrutent la densité dramatique d’une situation, les non-dits, les souffrances, et les coups de tendresse de ces touts jeunes adultes.

Une des plus belles trouvailles de Jaime Rosales est d’avoir inscrit dans son film des séquences sans musique où le monde 2.0 occupe l’espace avec les écrans des consoles de jeux, les conversations entre amis sur Facebook, les photos que l’on poste sur Instagram.

Subitement c’est l’irruption dans la noirceur de la vie quotidienne de tout l’humour désespéré de cette « Belle jeunesse » mais aussi l’amitié, l’envie d’autre chose, le rêve

De l’autre côté des Pyrénées, la jeunesse espagnole se bat avec énergie pour survivre à  défaut de vivre, prenant le chemin de l’exil s’il le faut, s’arrachant au pays, comme le firent leurs grands-parents après la guerre civile. Triste rappel de l’histoire

Dieu, un intérêt surprenant

Journée de travail: samedi 17 janvier 2015 : de 9h30 à  16h30

Lieu : Maison Saint Jean-Baptiste
6, avenue Adolphe Max – LYON (métro D : Saint Jean)

Proposée par : l’Observatoire « Foi & Culture », le Service « Arts, Cultures & Foi »,les réseaux « Incroyance-Foi », et la « Mission de France ».

Le succès du livre d’Emmanuel Carrère,« Le Royaume », prix littéraire du Monde 2014, est la surprise de la rentrée. Ni seulement témoignage d’itinéraire spirituel, ni exclusivement enquête historique, cette fiction s’offre comme le miroir du questionnement religieux de nos contemporains. Terminant par un « Je ne sais pas. » portant sur sa propre identité spirituelle, le narrateur interroge les uns qui croient savoir et les autres qui refusent de ne pas savoir. À ce titre, l’ouvrage d’Emmanuel Carrère mérite notre attention. Parce que Le Royaume est un objet littéraire non identifié, Marie-Paule DIMET (arts, cultures et foi) nous le présentera et nous en lira des extraits. L’auteur prétendant s’appuyer sur des acquis historiques et exégétiques, Philippe ABADIE (exégète, faculté de théologie) nous permettra de mesurer la pertinence de son analyse. Enfin, Pierre LATHUILIERE et Bernard MICHOLLET (théologiens) nous aideront à  décrypter l’itinéraire de foi de l’auteur. Un livre à  lire, à  découvrir ensemble. Un livre pour débattre.

Déroulement de la journée

Matinée

  • 9h 30 : Accueil (maison diocésaine de Lyon : 6, avenue Adolphe Max)

Introduction littéraire et lectures de passages : M.-P. Dimet.

Le point de vue de l’exégète : P. Abadie.

  • 12 h. 30 : Déjeuner dans le quartier ou pique-nique sur place.

Après-midi

De quelle foi parle Emmanuel Carrère ? : P. Lathuilière et B. Michollet.

  • 16 h00 : Conclusion et fin de journée

Inscription

Nom : ………………………………………………………….

Prénom :………………………………………………………

Courriel :……………………………………………………..

Participation à  régler sur place : 7 euros.
Places limitées !

À renvoyer avant le 10 janvier à  Guy Audebert : de préférence par courriel : guy.audebert@sfr.fr

ou : Guy AUDEBERT
604, rue Henri Dunant
01120 NIEVROZ