CINE : Police, Adjectif

de Corneliu Porumboiu

Roumanie, 1h55, 2009.
Festival de Cannes 2009, prix du jury Un Certain Regard.

Sortie en France le 19 mai 2010.

avec Dragos Bucur, Vlad Ivanov, Cosim Selesi.

Fable contemporaine aux accents kafkaïens où un fonctionnaire rêve de changer la loi pour transformer le monde où il vit : un film âpre mais savoureux !

Le nouveau cinéma roumain a donné ces dernières années de très jolies pépites au cinéma européen. Certes, ni La Mort de Dante Lazarescu (2005) de Cristi Puiu, ni 4 mois, 3 semaines et 2 jours (2006) de Cristian Mungiu ne sont des films faciles. L’un retrace le long voyage vers la mort d’un vieil homme, dans l’indifférence d’un système administratif où l’humain ne trouve plus sa place ; l’autre, à  travers le problème de l’avortement, évoque la violence d’un système politique. Mais par leur exigence artistique, ils ont secoué le cinéma contemporain.police2.jpg

Police, adjectif a les mêmes accents. Une histoire réduite au minimum, peu d’action, pas d’acteur connu, pas de paysage grandiose pour rêver un peu. La volonté artistique du réalisateur Corneliu Porumboi est de plonger le spectateur, qui accepte de tenter l’expérience, dans l’absurdité d’un système politique et d’une société qui ne digère pas son passé et ne sait donc pas comment entrer dans la modernité. On étouffe avec les personnages et, comme un insecte pris au piège, on se cogne à  l’absurde. Mais au fond de cet univers, l’humour, et même un peu d’espoir font aussi la saveur de ce film.

Le personnage principal étant un policier, chargé de mener une enquête, on peut dire que ce film est du genre « policier ». Mais un polar étrange où les filatures sont très longues et peu dangereuses. Où les conflits se règlent à  coup de dictionnaire : on n’utilise pas ce gros livre pour frapper son interlocuteur mais pour polémiquer sur le sens même du travail qu’on est chargé de faire ! Même les scènes de ménage ne tournent pas autour d’une vaisselle mal faite ou d’une sortie ratée mais à  propos d’une faute d’orthographe.

police3.jpgLe rythme du film est lent, il y a peu d’action mais chaque scène évoque fortement une réalité qui colle aux doigts. Certes, il s’agit de la Roumanie mais chacun reconnaîtra un morceau de son malaise, une part de sa solitude et la difficulté à  trouver sa place dans une société qu’on ne comprend plus. Police, adjectif nous offre aussi un long plan séquence de 20 minutes, une discussion homérique autour du concept même du devoir du policier, où la philosophie et les sciences politiques font naturellement irruption ! Les cinéphiles apprécieront

Magali Van Reeth

Signis

Pour marque-pages : Permaliens.

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