Broken

de Rufus Norris

Royaume-Uni, 2011, 1h30

Festival de Cannes 2012, sélection Semaine de la critique.

Sortie en France le 22 août 2012.

avec Tim Roth, Cillian Murphy, Eloise Laurence

La complexité du monde des adultes et de leurs réactions dans le regard inquiet d’une petite fille : un étonnement douloureux et un film poignant.

C’est une fillette de 10/11 ans qui finit ses vacances d’été avant l’entrée en 6ème. Elle a pour surnom Skunk, ou mouffette en anglais. La mouffette est un petit mammifère, du genre putois, qui crache son amertume vers l’ennemi… En anglais, il désigne aussi une canaille. Ce surnom ne gêne pas du tout Skunk, que son père utilise avec tendresse, réservant le vrai prénom pour les remontrances. Avec sa coupe au carrée, les rondeurs de l’enfance encore sur ses joues malgré les seins qui commencent à  pousser, elle est craquante. Joyeuse, gentille et curieuse, son enfance va se fracasser contre le monde des adultes, si incompréhensible.

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Pour son premier film, adapté du roman éponyme de Daniel Clay, le réalisateur Rufus Norris force l’admiration. Grâce à  un montage élaboré, le spectateur voit d’abord la scène avec les yeux de Skunk puis ensuite avec ceux d’un adulte. Alternant les scènes de joyeuse plénitude, d’espièglerie enfantine avec la dure réalité de la violence physique ou verbale des adultes, le réalisateur cerne au plus près la complexité des sentiments de Skunk aux portes de l’adolescence. La découverte de la réalité, la fin de cette innocence enfantine est douloureuse mais aussi très constructive.

Comme Skunk, nous sommes parfois victimes de nos préjugés, de nos jugements hâtifs. Au cœur du film, la violence ordinaire se déroule : bagarres entre pestes sur le chemin du collège, brutalité des voisins, mensonges par omission des parents. Broken va encore plus loin dans la dramatisation de cet apprentissage mais laisse toujours le temps au spectateur d’anticiper, de prendre du recul, ce qui permet de mieux supporter certaines situations très violentes.

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Tim Roth, en père attentif et rigoureux, est comme souvent, remarquable et la jeune Eloise Laurence traverse le film avec une grâce réjouissante, donnant toute sa densité au personnage de Skunk. Enfin, le réalisateur donne la part belle aux pères, ce qui devient rare dans le cinéma actuel. Ici, les mères sont absentes ou défaillantes, voire les deux à  la fois. Les hommes eux, malgré leurs défauts, restent des références de dévotion, capables même de sauver.

Film dur pour enrober un personnage tout en tendresse, Broken sait reconstruire ce qui a été brisé, notamment à  travers une éblouissante maîtrise de l’art du cinéma. Pour son premier long métrage, Rufus Norris fait un beau cadeau aux cinéphiles.

Magali Van Reeth

Signis

Voie rapide

de Christophe Sahr

France, 2011, 1h30

Sortie en France le 8 août 2012.

avec Johan Libéreau, Christa Théret, Isabelle Candelier.

Un premier film qu’on a plaisir à  voir et à  recommander, une histoire d’amour contemporaine dans un décor inhabituel, avec de très bons acteurs.

Alex et Rachel forment un jeune couple ordinaire. Ils travaillent tous les deux dans un supermarché et ont une petite fille de deux ans. Alex aime les belles voitures, boire des bières avec les copains et vivre avec insouciance. Rachel s’occupe de leur fille et de la maison, aimerait faire des projets d’avenir. Cette histoire classique d’une vie de couple mal enclenchée, entre un jeune homme immature et une jeune femme plus responsable, a pour toile de fond l’univers du tunning. Le tunning, c’est décorer sa bagnole avec passion et une inventivité exubérante frôlant parfois le mauvais goût, pour la personnaliser au maximum, autant dedans que dehors. Et ensuite, on va la montrer aux copains.

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C’est un univers inhabituel dans le cinéma français et, en tant que spectateur, on est ravi de ce changement de décor ! Ravi aussi de constater que, malgré le titre, Voie rapide, il n’y a presque pas de course poursuite, et que la seule scène de confrontation avec un policier va à  l’encontre de tous les clichés du genre Enfin, pour pimenter l’histoire et faire avancer le récit, une question morale vient bousculer Alex et l’obliger, pour surmonter sa culpabilité, à  prendre en main son avenir.

Pour son premier long métrage, Christophe Sahr montre qu’il aime le cinéma et que, comme dans le tunning, il sait soigner les détails, la mise en scène et mettre en avant ses meilleurs atouts. Ici les deux acteurs principaux, Johan Libéreau et Christa Theret sont remarquables, deux blocs d’énergie, lui sombre et tout en repli sur soi, elle solaire. On croit immédiatement à  leur couple fragile, aux inquiétudes de Rachel, aux maladresses d’Alex. Pas besoin de dialogue, de démonstration, ils existent devant nous avec une belle présence physique.

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Pour le réalisateur, Voie rapide est d’abord l’histoire d’un trio amoureux : Rachel, Alex et la voiture Il faudra bien sûr un accident pour que chacun trouve la bonne vitesse, le bon régime, permettant d’avancer ensemble. Si le scénario est parfois un peu bancal, notamment vers la fin, un peu expéditive, le film laisse une agréable impression de nouveauté et d’exigence.

Magali Van Reeth

Signis

Rebelle

de Mark Andrews et Brenda Chapman

Etats-Unis, 2012, 1h35

Sortie en France le 1 août 2012.

film d’animation, à  partir de 8 ans.

A travers les aventures palpitantes d’une jeune princesse refusant de se conformer à  la tradition, le grand retour de l’ours et de la mère dans un film d’animation.

Etre princesse, c’est pas facile soupire Merida qui, comme tous les enfants du monde lorsqu’ils se font disputer par leurs parents, préférerait être quelqu’un d’autre Merida habite en Ecosse, quelque part dans le Haut Moyen-âge. Son père, le roi, est un peu frustre, jovial et grand chasseur d’ours. Sa mère est la quintessence de l’élégance, la beauté et les bonnes manières. Elle tente d’éduquer sa fille à  une vie de vraie princesse. Merida préfère parcourir la forêt à  cheval et tirer à  l’arc. Mais il est temps de songer à  la vie d’adulte, aux responsabilités et au mariage

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Rebelle, né de l’alliance des studios Walt Disney et Pixar, est un film qui ne doit rien au hasard et son scénario a été travaillé pour séduire à  la fois les enfants et les adultes qui les accompagneront. Un soin particulier a été apporté aux décors et à  l’esthétique et le film est, d’un bout à  l’autre, un enchantement visuel. La chevelure foisonnante, rousse, lumineuse et chaude de Merida traversant les sombres forêts, est un régal pour les yeux. Mais les concepteurs du film ont aussi convoqué la tradition européenne des contes de fées. Autour de Merida, les deux personnages principaux sont la mère et l’ours, deux fondamentaux dans la psychologie de l’être humain.

Jusqu’au début du Moyen-âge en Europe, l’ours était le symbole de la puissance et de la force, celui qu’on craignait et respectait. L’ours des cavernes, ennemi héréditaire de l’homme, représente la divinité et de la royauté, avant que l’Eglise chrétienne ne lui substitue le lion, qu’on ne voyait jamais dans ces contrées donc qu’on n’avait ni à  affronter, ni à  craindre… Lorsqu’il se dresse sur ses pattes arrières, l’ours évoque l’homme dans toute sa violence et sa force. Dans le film, il est terrifiant et concrétise les peurs qui ne se dominent pas.

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L’affrontement à  la mère est celui qui permet la véritable libération, celle qui nous rend autonome, différent et nous permet de devenir adulte. Si le bon sens populaire a retenu de la psychanalyse qu’il fallait « tuer » le père, il faut lui rappeler que le pardon à  la mère est à  l’origine de tous les pardons. Merida, en voulant se débarrasser, non pas de sa mère mais de son éducation, en fera la douloureuse mais salutaire expérience.

En se laissant emporter à  la suite de Merida et de ses magnifiques cheveux roux, les enfants vivront des aventures palpitantes dans un décor sauvage, respirant à  plein poumons un air de liberté et d’émancipation qui accompagnent l’arrivée dans l’âge adulte. Les adultes, eux, retrouveront la complexité des relations mère/fille et les enjeux de toute éducation.

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Pour finir, il est bon de rappeler que, contrairement à  une mauvaise idée reçue, les studios Walt Disney ont régulièrement choisi une jeune femme ou une petite fille comme personnage principal de leurs films d’animation, à  commencer par le tout premier long-métrage, Blanche Neige en 1937. Suivront Cendrillon (1950), Alice au pays des merveilles (1951), La Belle au bois dormant (1959), Mary Poppins (1964), L’apprentie sorcière (1971), La Petite sirène (1989), Pocahontas (1995), Mulan (1998) et Raiponce (2010).

Film tout public à  partir de 8 ans.

Magali Van Reeth

Signis

Laurence Anyways

de Xavier Dolan

Canada/France, 2012, 2h39

Festival de Cannes 2012, sélection Un Certain Regard

Sortie en France le 18 juillet 2012.

avec Suzanne Clément, Melvil Poupaud, Nathalie Baye.

Une histoire d’amour flamboyante et inhabituelle, pour un beau moment de cinéma, malgré les faiblesses d’un scénario moins provoquant que son sujet.

Film fleuve et exubérant sur la forme, déroutant par son sujet, Laurence Anyways est le 3ème long métrage d’un très jeune réalisateur canadien, Xavier Dolan. Fred et Laurence, un peu bohèmes, un peu fantasques, forment un couple depuis quelques années et sont très heureux. Fred, c’est elle, Laurence, c’est lui Le couple voit sa belle harmonie voler en éclat lorsque brusquement Laurence décide de devenir une femme.

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Au-delà  d’un réel questionnement sur le genre – sujet très contemporain – le film est avant tout du cinéma brillant, inventif, où de nombreux plans semblent au bord de l’explosion tant ils éprouvent le côté créatif du cinéma. La mise en scène est un régal, jusque dans les costumes, le choix des décors. C’est un film lyrique qui touche le spectateur par les émotions, les sens et l’abondance. Les acteurs se donnent à  fond et la comédienne québécoise Suzanne Clément est magnifique. Enfin, la musique est un vrai festival

Pourtant, au-delà  de ce très vif plaisir de cinéma, le film boîte un peu à  cause du scénario. Sans doute un peu trop étiré (le film dure plus de deux heures et demie), Laurence Anyways n’arrive pas à  convaincre. Si dès les premiers scènes, Proust, Mauriac et Céline sont convoqués, ils disparaissent ensuite si totalement qu’on se demande s’ils n’étaient pas juste là  pour la poudre aux yeux. L’histoire d’amour entre Laurence et Fred est touchante, on y croit mais la décision de changement de sexe de Laurence est plus difficile à  accepter. Pourquoi le réalisateur n’arrive pas à  nous convaincre ? Peut être parce qu’on voit toujours Melvil Poupaud derrière le visage de Laurence (qui n’arrive pas de toute façon à  porter le tailleur/collier de perles avec naturel). Peut être parce que le film n’est au fond qu’une douloureuse histoire d’amour, déguisée comme Laurence, où la question de la sexualité n’est jamais abordée. Ce qui est bien étrange quand on parle d’amour conjugal…

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Xavier Dolan confirme cependant son grand talent de cinéaste et on attend avec impatience son prochain long métrage, en espérant que cette fois, le scénario sera à  la hauteur de la réalisation.

Magali Van Reeth

Signis

Holy Motors

de Leos Carax
Allemagne/France, 2012, 1h55

Festival de Cannes 2011, sélection officielle, en compétition.

Sortie en France le 4 juillet 2012.

avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes.

Réflexion brillante sur le cinéma et l’art de la mise en scène de notre propre vie, le nouveau film de Leos Carax peut aussi irriter par son manque d’humilité.

La vie est un spectacle dont nous sommes à  la fois l’acteur principal et le spectateur assidu Embarqué dans une luxueuse voiture, le personnage principal de ce film, monsieur Oscar, est tous les personnages. C’est son métier. il fait ce pour quoi on l’engage : le mendiant, l’amant, le criminel ou le père inquiet. La voiture, comme les cinéastes iraniens l’ont souvent montré, est le dernier refuge de l’intime dans les sociétés trop policées ou trop médiatisées. Ici, la limousine blanche évoque à  la fois le cercueil, le luxe factice et le vaisseau spatial, un peu hors du temps mais insonorisé aux bruits et aux sollicitations de l’extérieur. Elle est un habitacle protecteur, la loge de l’acteur en déplacement, le lieu du premier miroir. Elle sert au démaquillage, au costume, à  la préparation du prochain rôle, au repos.

Holy Motors nous embarque pour un voyage dans le cinéma et dans l’art de représentation. Denis Lavant, présent dans chaque plan, est tous les rôles avec une confondante facilité. Il est crédible en femme, en beau gosse, en gentil comme en méchant. La vraie force du film, c’est lui, un numéro d’acteur de bout en bout sans qu’on se lasse une minute ! A ses côtés, la présence discrète, élégante, presque envoûtante d’Edith Scob. Couple inhabituel au cinéma, elle grande et élégante, lui, petit bonhomme au visage mâché, duo lisse, harmonieux, en dehors de tout désir sexuel, de toute passion.holymotors1.png

A travers la succession de saynètes qui questionne la frontière ténue entre réalité et représentation, c’est aussi un hommage au cinéma qui se dessine. Puisqu’on se met en scène comme le cinéma se met en scène, les références sont nombreuses, à  d’autres grands films, aux autres films de Leos Carax. S’amusant avec nos références cinématographiques, il joue avec nos attentes. C’est amusant mais un peu vain. Et c’est sans doute un peu irritant parce qu’on se dit vite, d’une part, que le réalisateur manque totalement d’humilité mais surtout, qu’il manque d’idées. Comme s’il n’osait pas se lancer dans quelque chose de tout à  fait neuf, dans une création qui ne soit pas une re-création ou récréation

Heureusement, la dernière scène, pleine d’humour et d’auto-dérision, nous permet de terminer sur une note moins sombre quant à  la capacité créatrice de Leos Carax.

Magali Van Reeth

Signis

La Part des anges

de Ken Loach

Royaume-Uni/Belgique/France, 2011, 1h41

Festival de Cannes 2012, compétition officielle, prix du jury.

Sortie en France le 27 juin 2012.

avec Paul Brannigan, John Henshaw Lie, Siobhan Reilly, Gary Maitland.

Entre comédie sociale et conte de fée alcoolisé, Ken Loach s’amuse sur les routes d’Ecosse. Un film léger comme le sourire des anges.

Ne pas céder, même en riant. Tel pourrait être la ligne de conduite du réalisateur britannique et de son scénariste, Paul Laverty. Dénonçant sans relâche les dégradations de la société contemporaine, où les plus pauvres sont les plus touchés par le manque de travail, le manque de perspectives, et le manque d’accès à  la culture, ils enchainent les films. La plupart sont des films dramatiques où les victimes des crises financières tentent de survivre dans un environnement poisseux. Mais depuis Looking for Eric (2009, prix oecuménique au Festival de Cannes), le rire est aussi une arme pour résister.
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Condamnés à  des travaux d’intérêt général, une bande de délinquants tente de se racheter une conduite et d’échapper à  la détention. Parmi eux, Robbie, très jeune papa, qui veut tout faire pour s’en sortir et pouvoir mener une vie normale de « père de famille ». Mais c’est difficile de tout apprendre quand on n’a jamais travaillé, ni en classe ni pour gagner des sous, et qu’on fréquente les mauvais quartiers. Grâce à  l’éducateur qui les encadre, Robbie va découvrir une passion qui lui permettra d’échapper à  la fatalité.

Traité comme un conte de fée et non pas comme une chronique réaliste de la société britannique, l’historie de Robbie permet à  Ken Loach et à  Paul Laverty de mettre en avant tout un pan de la culture traditionnelle écossaise, à  travers la fabrication du whisky. Et de donner un grand coup de pouce à  ceux qui sont les plus meurtris par la crise, quitte à  rouler dans la farine un milliardaire américain…
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La Part des anges, c’est l’alcool qui s’évapore d’un fût de whisky pendant sa maturation. Jolie métaphore pour qualifier cette seconde chance que le film offre à  une bande de racailles, premières victimes d’une crise dont ils ne sont en rien responsables.

Magali Van Reeth

Signis

Prélude à  l’Anastasis

Le théâtre de l’Arc en Ciel présente :
« Et leur noirceur rayonne encore, Prélude à  l’Asnastasis »
dans le cadre des XVIIème soirées d’été du Château de Machy.

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Une création théâtrale, musicale et chorégraphique de «l’Arc en Ciel » à  partir des appels prophétiques de
GANDHI, Marie Noël, Léopold Sédar SENGHOR, Albert CAMUS, Aimé CÉSAIRE, Nelson MANDELA, Karol WOJTYLA, Martin LUTHER KING, Mahmoud DARWICH, AUNG SAN SUU KYI, DEBRA CALLING THUNDER,Josephine BACON, Alessandro BARRICO
Vous aviez dans le coeur jour et nuit leur révolte
leur cri, leur peur et leur résignation
Ces mots incandescents murmurés au moisi d’une cellule
Ces larmes noires du charbon des esclaves
Ces appels décimés des derniers survivants
Tous ces cris étouffés,
Vous n’aviez pas plus qu’eux de réponse
Ni plus de force ou de courage
Mais vous avez compris par je ne sais quelle grâce
Qu’à  la fuir, la souffrance est encore plus amère
Et qu’à  se résigner on perd le goût de vivre
Et qu’à  se révolter on retarde le jour
!
…quelle que soit leur foi, ou la couleur de leur peau, qu’ils
s’appellent Gandhi, Aung San Suu Kyi, Mahmoud Darwich…
ou Martin Luther King, qu’ils soient de bords opposés, noirs
ou blancs, juifs ou palestiniens, chrétiens ou agnostiques, ils
ont en commun d’avoir su laisser s’embraser la noirceur qui
étreignait leur âme et ce charbon incandescent traversant
tout leur être, est devenu lumière pour les indignés de leur
temps. Ils ont tiré de leurs entrailles des paroles qui libèrent
et qui opèrent et jamais ne s’éteignent.
Ces paroles que nous croyons connaître, nous avons choisi de les faire sortir du temps, de leur faire habiter
l’espace, de les entendre dire, de les voir danser et prendre chair dans notre propre chair, de les faire
chanter pour vibrer au diapason du Rêve. C’est la «célébration » à  laquelle nous vous invitons désireux de
communier avec vous à  cette affirmation d’Albert Camus : «Tous ceux qui aujourd’hui luttent pour la Liberté
combattent en dernier lieu pour la Beauté ».

Télécharger le programme et renseignements pour inscriptions:

D-pliantXVIIe_Soirees-1.pdf

en savoir plus :

[->http://www.theatrearcenciel.com/]

Tél. pour réservation : 04 78 47 34 32 ou FNAC

Adieu Berthe – l’enterrement de mémé

de Bruno Podalydès

France, 2012, 1h40

Festival de Cannes 2012, Quinzaine des réalisateurs.

Sortie en France le 20 juin 2012.

avec Denis Podalydès, Valérie Lemercier, Isabelle Candelier, Bruno Podalydès.

A la fois léger et profond, mélancolique et drôle, un film pétillant qui mélange les rêves des indécis et la magie du cinéma.

Les films de Bruno Podalydès sont un espace rafraîchissant dans le long corridor des comédies françaises qui se bousculent sur les écrans. Hormis l’adaptation des deux romans de Gaston Leroux, Le Mystère de la chambre jaune (2003) et Le Parfum de la dame en noir (2004), ses films sont à  la lisière du journal de bord, de la fantaisie poétique, de la comédie de mœurs, de la blague de potache mélancolique et du burlesque le plus raffiné. Laissant à  son frère Denis le rôle principal et ancrant ses décors dans la banlieue tranquille de l’Ouest parisien où ils ont grandi, Bruno Podalydès pose un regard tendre et ironique sur ses contemporains.berthe4.jpg

S’il y a bien un enterrement dans Adieu Berthe, ce n’est pas tant de mémé dont il sera question mais de son petit-fils Armand. Armand et sa femme Hélène tiennent une pharmacie. Les échanges, les disputes et les chagrins conjugaux se font au-dessus des tiroirs bien rangés de médicaments, symboles à  la fois d’une guérison/consolation possible mais aussi d’un monde où tout est exactement à  sa place. Sa place, Armand la cherche constamment. Doit-il quitter sa femme pour son amante ? Est-ce mieux d’être le père d’un ado collé à  ses écrans et enfermé dans ses écouteurs ou celui d’une petite fille qui veut un goûter d’anniversaire avec des tours de magie ? Et mémé ? Faut-il l’inhumer ou l’incinérer ? Armand se perd entre ces deux mondes, celui de la raison et celui de la magie qui le mène à  mémé.berthe3.jpg

Avec une aptitude réelle pour les tours de passe-passe, les jeux de mots visuels et les gags silencieux, les Podalydès se moquent de nos incertitudes, de notre incapacité contemporaine à  faire des choix, de notre angoisse devant la mort, de notre fascination pour le morbide et les séries américaines, du genre Twilight, prononcé ici à  la française, « toilettes » Dans un capharnaà¼m de pompes funèbres où les prouesses techniques emplissent le vide laissé par le religieux, où les médicaments ont toujours des effets secondaires, le spectateur est sous le charme de cette fantaisie, comme mémé perdant la tête pour un prestidigitateur à  qui elle réclame « une illusion par jour ». Une illusion par jour, c’est bien le rêve que nous propose le cinéma !

Magali Van Reeth

Signis

Dialogues en humanité 6-7-8 juillet Parc de la Tête d’Or

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Osons la métamorphose !
inventons la transition et apprenons la résilience comme alternatives au chaos

Changeons le monde ! C’est le moment d’ouvrir l’imaginaire, de réfléchir pour trouver des solutions, de construire du bien vivre, de re créer de nouveaux cadres de systèmes d’échanges pacifiés et non prédateurs.

L’A venir en mémoire vive
Un parcours chaque jour et en trois jours
Ce sont les thèmes qui seront abordés cette année et qui, depuis quelques années maintenant interpelle les personnes autour de cet évènement festif et convivial sous les arbres du Parc de la Tête d’Or.
Parent, enfant, étudiant, écrivain, entrepreneur, artiste, chacun s’interroge et partage sa sensibilité sur tous les sujets qui tissent les liens et les enjeux de la relation humaine.
Entre jeux, palabres et témoignages, ateliers du sensible et étapes musicales,vous pourrez partager ce que vous êtes.

En savoir plus : le programme :

Programme_Dialogues_en_Humanite_2012.pdf

Découvrir les intervenants :
[->http://dialoguesenhumanite.org/]

Le ravissement de l’été de Luisa EXTENIKE

L‘auteur, basque et espagnole, née en 1957, romancière renommée dans son pays ; Le ravissement de l’été est son premier roman traduit en français.

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Trame narrative serrée, rigoureuse, efficace, en 3 parties, chacune introduite par une citation à  la gloire du vin.
La 1ère donne la parole à  Raul Urbieta, 30 ans, qui se souvient, 15 ans après, de Fermin, fils de paysans qui, l’été, louaient leur maison à  la famille de Raul. Fermin était le camarade contraint de Raul pendant les vacances. On comprend que Raul est devenu un adulte à  la dérive ; accablé de dettes, il sollicite sa mère, qui, bien que riche, ne veut rien entendre, ayant rejeté ce fils dépravé. Prêt à  tout pour faire plier sa mère, Raul trouve un moyen de la faire chanter, sous la forme d’ un cahier de dessins de vignes réalisé par Fermin à  l’intention d’Isabel, trouvé lors d’une fouille dans le « jardin secret » de celle-ci.
En 2ème partie, Fermin est le narrateur, -nous changeons alors complètement de point de vue -, l’on apprend à  quel point Fermin a détesté Raul, et comment il a été troublé par Isabel, la mère de ce dernier, qui l’a séduit lors du fameux été des vacances. Depuis, il a perdu ses parents dans un accident de voiture, et il a cultivé la vigne qui est sa passion. Il est encore célibataire, habité par le souvenir d’ Isabel. Or voici que revient Raul, le mauvais génie, qui tente de l’utiliser pour faire pression sur sa mère et lui parle du fameux cahier de dessins. Fermin ne cède pas. Raul se venge en détruisant son chai.
La 3ème section culmine avec le récit d’Isabel . Obligé de se manifester après le passage destructeur de Raul, Fermin téléphone à  Isabel et réveille le passé. Distante au début, Isabel s’interroge sur l’émoi amoureux qu’elle a provoqué chez Fermin il y a 15 ans ; de plus, on la devine obsédée par un événement traumatisant de son enfance. L’intensité dramatique du roman se renforce, mêlant les retrouvailles d’Isabel et Fermin avec la libération du souvenir traumatisant.
Le livre tire beaucoup sa beauté de l’hymne au travail de la vigne et au goût du vin, métaphores de la lente maturation de l’amour. S’y greffe une intéressante méditation sur la mémoire et le souvenir, celui-ci ayant valeur de repère fondateur.
Et pour terminer, cette phrase de Fermin :
»Il y a des vins faits pour être gardés, qui mûrissent et se révèlent très lentement. Qui promettent dès le début et tiennent parole. »

Geneviève VIDAL

Luisa EXTENIKE Le ravissement de l’été Robert Laffont Roman (189 p)
Traduit de l’espagnol par Carole Hanna